Une quinzaine de personnes ont rencontré, samedi 24 octobre dernier, l’autrice camerounaise Joëlle Ebongue, alias Elyon’s, à la librairie « Au Paradis des Livres », à Moroni. Organisée par Mwezi Art et la librairie, en partenariat avec l’Alliance française de Moroni, cette rencontre autour de sa bande dessinée La vie d’Ébène Duta a été marquée par des échanges avec le public, notamment sur le parcours personnel de l’autrice. L’occasion de découvrir une œuvre qui aborde l’immigration africaine en Europe sous un angle différent, entre difficultés quotidiennes, humour et espoir.
Loin des récits exclusivement centrés sur les drames migratoires, Joëlle Ebongue choisit de raconter les difficultés ordinaires d’une jeune Africaine installée en Belgique. Son héroïne, Ébène Duta, partie étudier à l’étranger, affronte la solitude, les problèmes financiers et les imprévus de la vie étudiante. « Prenez une cuillère à soupe de poisse, une pincée de quiproquos, le tout saupoudré d’une dèche intense », résume l’autrice pour présenter son œuvre. Derrière cette formule humoristique se dessine une chronique du quotidien, dans laquelle les moments difficiles alternent avec des périodes plus heureuses. « Tout le monde rencontre des galères et des problèmes », souligne-t-elle. Pour Elyon’s, ces expériences méritent d’être racontées, même lorsqu’elles ne correspondent pas aux représentations les plus dramatiques de l’immigration.
À Moroni, les participants ont également profité de cette rencontre pour s’intéresser à son parcours personnel. Au fil des échanges, l’autrice a partagé son expérience et expliqué les choix qui ont façonné son univers artistique. Cette proximité entre la créatrice et son public a permis d’aborder son œuvre au-delà de la seule lecture de la bande dessinée. La passion de Joëlle Ebongue pour le dessin remonte à l’enfance. À seulement 7 ans, elle réalise sa première bande dessinée. Sa curiosité porte déjà sur les histoires, mais aussi sur la fabrication des livres. « Je cherchais à comprendre comment fonctionnait un livre : est-ce qu’on cousait, est-ce qu’on collait, comment cela fonctionnait, comment on assemblait les pages », raconte-t-elle. Malgré le souhait de ses parents de la voir exercer un autre métier, elle choisit finalement la bande dessinée.
L’aventure d’Ébène Duta commence en 2009, sur un blog. En 2014, l’autrice lance une campagne de financement participatif sur Ulule. Sa communauté en ligne, qui compte alors environ 6 000 personnes, contribue au développement du projet. Mais certains éditeurs se montrent réticents face à une histoire qui ne correspond pas aux représentations habituelles de l’immigration africaine. Elyon’s persiste pourtant à défendre une autre réalité, faite de difficultés ordinaires, d’adaptation et d’espoir. À Moroni, cette rencontre rappelle que la bande dessinée peut dépasser le divertissement pour questionner les stéréotypes et ouvrir un dialogue entre les cultures.
Mohamed Ali Nasra
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