Entre enracinement comorien et quête spirituelle, Kayoum, le gardien de la lumière s’impose comme un roman nécessaire. Porté par une plume habitée, Houssam Mirdane y donne voix à une génération et rappelle que l’on ne peut construire sans se réapproprier sa propre lumière.
Il y a des livres qui naissent d’une envie. Et d’autres d’une nécessité. Celui de Houssam Mirdane appartient à la seconde catégorie. « J’ai compris que personne n’écrirait ce livre à ma place », confie-t-il. Un livre sur les Comores, sur ses réalités, ses doutes et ses silences. Alors il écrit, parce que ne pas le faire aurait été renoncer. Originaire d’Anjouan, l’auteur puise dans ses racines la matière première de son récit. « Kayoum est né de cette île, de ses nuits sous les étoiles, des riz au mataba et des prières de ma mère ». À travers ces images, c’est toute une mémoire qui s’exprime. Mais au-delà de l’héritage culturel, le roman est porté par une quête intime, une recherche de sens. Au cœur du récit, Kayoum incarne cette tension entre fragilité et aspiration. Son nom, inspiré de Al-Qayyum, « Celui qui subsiste par Lui-même », contraste avec ses débuts, « il doute, il tremble ». Le personnage devient ainsi une promesse en construction. Grâce à une narration alternée, le lecteur découvre à la fois l’enfant incompris et l’âme en quête de lumière.
Le roman met en lumière une opposition familière, celle entre les besoins matériels et les aspirations spirituelles. « Le riz nourrit le corps, les chansons et les poèmes nourrissent l’âme ». Loin de les opposer, l’auteur rappelle leur complémentarité. L’humain ne peut tenir debout sans cet équilibre. Le parcours de Kayoum s’inscrit également dans une dimension spirituelle forte, inspirée notamment par la figure du prophète Joseph. Silence, épreuve, patience, autant d’éléments qui donnent au récit une portée universelle, au-delà de son ancrage local. Comme tout chemin initiatique, celui de Kayoum passe par l’exil. Quitter son village, affronter l’inconnu, se perdre avant de se retrouver. « L’exil n’est pas une trahison, c’est une préparation au retour ». Une idée qui résonne dans un contexte où partir est souvent perçue comme une rupture définitive.
Mais revenir est un choix fort. À travers son personnage, Houssam lance un appel : « Si la jeunesse part sans revenir, qui restera pour construire ? » Le roman devient ainsi un message adressé à toute une génération, une invitation à s’engager. Le récit n’élude pas les épreuves. La perte du mentor marque un tournant. « Tant qu’on est guidé, on reste un peu enfant ». Grandir, c’est apprendre à avancer seul, à porter sa propre lumière. Kayoum n’est pas un héros parfait. Il doute, chute, se relève. Il prie parfois « devant un ciel vide ». « Ce n’est ni Superman ni Spiderman », rappelle l’auteur. C’est cette humanité qui le rend proche de nous. Car derrière Kayoum, il y a aussi Houssam Mirdane. Un écrivain qui doute encore. « C’est humain. C’est normal ». Et peut-être même nécessaire. Parce que c’est dans le doute que naît la lumière.
Mohamed Ali Nasra
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