Chorégraphe reconnu et directeur artistique de la compagnie Tcheza, Salim Mze Hamadi, alias Seush, vient d’entrer en littérature avec la parution de son premier ouvrage, L’Éveil d’un Comorien, sorti le 26 décembre 2025. Également réalisateur et scientifique diplômé en ingénierie, l’artiste pluridisciplinaire livre une réflexion profonde et engagée sur la société comorienne, mêlant expérience personnelle, regard critique et appel à la conscience citoyenne.
Salim Mze Hamadi, alias Seush, chorégraphe et directeur artistique de la compagnie Tcheza, L’Éveil d’un Comorien n’est ni un simple livre de réflexion ni un pamphlet provocateur. C’est un cri intérieur devenu parole publique, une invitation frontale à repenser ce que signifie être citoyen comorien aujourd’hui.
À l’origine de cet ouvrage, il y a un choc. Un événement personnel, profond, qui a bouleversé la perception de l’auteur sur la vie, le sens de l’existence et la responsabilité d’« être Comorien ». Mais ce déclic intime n’est pas venu seul. Il s’est nourri d’années d’observations silencieuses, de constats répétés sur une société traversée par ses contradictions, ses peurs et ses non-dits. De cette rencontre entre l’intime et le collectif est né L’Éveil d’un Comorien.
Au cœur du livre, une idée revient avec insistance : la nécessité de poser des questions. Même et surtout lorsqu’elles dérangent. Pour Seush, cette démarche reste difficile aux Comores en raison d’un héritage éducatif profondément ancré.
Dès l’enfance, explique-t-il, on apprend à se taire plutôt qu’à réfléchir, à obéir plutôt qu’à comprendre. Le respect y est trop souvent confondu avec l’interdiction de questionner. Résultat, une société où l’esprit critique est étouffé et où l’individu, privé de pensée libre, devient peu à peu « un robot humain », discipliné mais déconnecté de sa conscience.
L’auteur va plus loin en identifiant la peur comme l’un des piliers du contrôle social. Une peur inculquée très tôt, parfois dès l’école coranique « chioni », à travers une vision punitive de Dieu, présentée davantage comme une menace que comme une source de miséricorde. Cette peur, selon lui, façonne la soumission et prépare le terrain à une autre forme de domination : celle de l’État, qui exploite ce climat pour contrôler et manipuler. S’en libérer, insiste Seush, ne signifie ni renier sa culture ni abandonner sa foi, mais les réinterroger avec discernement et conscience.
Dans L’Éveil d’un Comorien, l’« éveil » n’est ni une posture idéologique ni un slogan politique. Il est avant tout intérieur. Pour l’auteur, aucun changement social ou politique durable ne peut voir le jour sans un travail profond sur la conscience individuelle. Refuser ce qui déshumanise, retrouver son intelligence critique, redevenir un citoyen responsable, voilà, selon lui, le point de départ de toute transformation réelle.
L’ouvrage n’a pas manqué de susciter des critiques, notamment de la part de ceux qui l’accusent de remettre la religion en cause. Une lecture que Seush rejette fermement. Il ne critique pas la foi, mais la manière dont elle est parfois figée et imposée. Il rappelle qu’il fut un temps où le monde musulman, notamment à Bagdad, était un centre mondial du savoir, où la réflexion, le doute et le questionnement faisaient partie intégrante de la pratique religieuse.
Pour lui, le déclin intellectuel n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un abandon progressif de l’esprit critique. Son message est clair une foi sans réflexion est une foi vulnérable. Si L’Éveil d’un Comorien devait provoquer un seul changement durable, Seush en espère un en particulier, que chaque citoyen prenne conscience de son droit et de son pouvoir de penser librement. Une pensée libre, consciente et responsable, affirme-t-il, constitue le socle de toute transformation sociale authentique.
Avec cet ouvrage, Salim Mze Hamadi ne donne pas de réponses toutes faites. Il tend un miroir, parfois inconfortable, à la société comorienne. Il rappelle, sans détour, que l’éveil commence là où la peur recule et où la pensée reprend ses droits.
Mohamed Ali Nasra
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