Le Jardin Dhow a frissonné sous la pluie samedi 7 février dernier, au rythme des mots et des émotions, lors de la cérémonie de présentation et de dédicace du premier roman de Loulou Saïd Issilam, « Le Ventre de l’Exil ». L’événement, marqué par une ambiance conviviale et familiale, a rassemblé écrivains, amis et lecteurs autour d’une œuvre qui explore les blessures invisibles et la résilience féminine dans la société comorienne.
Faisant office de modérateur, Said Mohamed S.A. Mshangama, figure remarquable de l’engagement social, a introduit l’ouvrage comme « un réveil historique ». Pour lui, « c’est un mémoire ou un essai historique écrit sous forme de récit fictif ». En tant que premier lecteur, il a également décrit un personnage du livre, Subira, comme « une femme qui tient debout même si tout s’écroule ». Après avoir fait l’éloge du parcours inspirant de l’auteure et rappelé sa place dans la famille : « c’est l’enfant de Coco Bibi Hachil ». Il a laissé entendre que « pour un petit pays comme le nôtre, le roman restera insituable dans la durée » et « fera vivre longtemps ».
Dans sa présentation, Loulou Saïd Issilam a rappelé que son livre est « un hommage à ces femmes qui survivent aux traditions, au rejet, à l’abandon et qui en ressortent plus fortes ». Les larmes aux yeux, elle a rendu hommage à son frère disparu trop tôt, avec sa fameuse phrase : « toujours regarder le verre à moitié plein », ainsi qu’à son feu père, qu’elle décrit comme une source d’inspiration et de charité. « À travers cette œuvre, je rends hommage à ces deux hommes qui m’ont inspirée en écrivant le livre », a-t-elle confié.
Les interventions des invités, parmi lesquels des figures du monde littéraire et académique, ont enrichi le débat en soulignant l’importance d’intégrer les œuvres comoriennes dans les programmes scolaires et de transformer les espaces culturels en lieux de transmission intergénérationnelle. Son ancien directeur d’école, le docteur Ali Ibouroi, a lancé un appel critique à la lecture en évoquant les risques encourus par l’écriture : « Il y a une difficulté à trouver quelqu’un pour lire des manuscrits et porter des critiques. Avant de poser mes yeux sur le manuscrit, j’ai demandé à l’auteure de ne pas faire le procès des hommes... », a-t-il dit sur un ton hilarant, avant de préconiser le modèle du Congo-Brazzaville où les anciens enseignants de français se sont regroupés en association pour faire vivre le livre.
Le Ventre de l’Exil s’impose dans le paysage littéraire comorien comme une œuvre de mémoire et de combat. La place des femmes face aux traditions, les fractures silencieuses qui minent les familles, mais aussi la force de la foi, de l’amour et de la dignité retrouvée par Halwa, personnage principal, y sont mises en lumière. « Loulou a su mettre en valeur les femmes par la réussite et le savoir-faire. Elle a relaté la problématique de la liberté qui nous touche toutes et tous », a conclu Me Moncef Saïd Ibrahim, présent dans le public parmi les invités.
Aticki Ahmed Ismael
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