Co-portées par sept pays arabes dont les Comores, les Zifafa – cette procession festive qui accompagne le départ du marié vers la maison de la mariée- sont inscrites au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Au-delà d’une simple valorisation internationale, cette inscription constitue une fenêtre promotionnelle extraordinaire pour le pays, qui regorge d’atouts culturels, naturels et intellectuels à faire valoir à en croire Mohamed Bajrafil, ambassadeur des Comores auprès de l’Unesco.
« Le Zifafa est déjà inscrit à l’UNESCO et je suis venu remettre le diplôme au président de la République. C’est une partie de notre histoire qui s’inscrit définitivement dans l’histoire globale du monde et qui, par conséquent, ne pourra pas disparaître », a déclaré Mohamed Bajrafil, ambassadeur des Comores auprès de l’UNESCO. Une reconnaissance internationale qui stimule la préservation culturelle, favorise le développement économique et touristique du pays, encourage le dialogue interculturel et mobilise une assistance internationale pour les éléments menacés. Le Zifafa s’inscrit précisément dans cette dynamique, en tant que pratique sociale et cérémonielle, profondément ancrée dans l’Anda na Mila, socle normatif et culturel de la société comorienne. « La particularité de cette inscription, ainsi que la difficulté d’y parvenir, montrent surtout que notre pays a réussi à se hisser à ce niveau ».
Co-portée par sept pays arabes, à savoir les Comores, les Émirats arabes unis, la Mauritanie, la Jordanie, l’Irak, la Somalie et Djibouti, l’inscription des Zifafa confirme davantage l’arabité des Comores et les intègre dans un espace linguistique et culturel riche de vingt-deux pays. Aux Comores, peu de personnes savent que “Zifa” est un mot arabe. Selon l’ambassadeur des Comores à l’UNESCO, beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’une pratique exclusivement comorienne, ce qui n’est pas le cas. « Le dossier a été porté par plusieurs pays et c’est en tant que pays arabe que nous avons pu nous intégrer dans ce processus », a-t-il précisé. Il estime par ailleurs que les Comores pourraient, à l’avenir, inscrire d’autres éléments tels que le Kofia, le Mkatre wa Gudugudu, l’Ipenya, ou d’autres pratiques culturelles.
« J’aurais aimé que les Comoriens observent ce que font les autres pays lorsqu’ils inscrivent un élément au patrimoine culturel immatériel, afin de mesurer l’importance de cette démarche. J’ai vu, par exemple, comment notre équipe de football s’est habillée lors de son arrivée au Maroc. Cela représentait notre identité, et cette identité doit être préservée. C’est le message que je souhaite transmettre : il n’y a rien de plus important dans la vie que son identité. Sans identité, on n’est personne. Or, malheureusement, ce n’est pas toujours ainsi que cela est compris », a-t-il souligné.
L’inscription des Zifafa au patrimoine culturel immatériel constitue ainsi une vitrine exceptionnelle pour le pays. Bien que les Comores regorgent d’atouts culturels, naturels et intellectuels, elles ne disposaient jusqu’ici que de peu de leviers internationaux capables d’attirer les touristes du monde entier. Désormais inscrites au PCI, les Zifafa ouvrent la porte à des visiteurs curieux de découvrir cette procession extraordinairement colorée, rythmée de chants et de danses, mêlant toutes les générations, vêtues de leurs plus beaux habits d’apparat, et conduisant — fait presque unique au monde — le marié chez son épouse pour y élire domicile à vie.
« L’inscription des Zifafa à l’UNESCO est avant tout une valorisation internationale, et c’est la plus importante. Elle nous permet également de porter un nouveau regard sur notre propre culture. Nous avons tendance à nous sous-estimer, alors que ce que nous faisons est extraordinaire. Cette inscription ouvre la voie à d’autres candidatures, car nous avons énormément de choses à offrir », a-t-il affirmé.
L’inscription des Zifafa à l’UNESCO aura également un impact économico-financier majeur, les touristes apportant des devises, à condition que les Comoriens soient en mesure de répondre à leurs attentes. « À partir de maintenant, les touristes du monde entier vont davantage s’intéresser aux Comores à travers les Zifafa. C’est aux hôtels et aux acteurs du tourisme de le faire savoir. Une fois sur place, les visiteurs voudront comprendre et voir ce que sont les Zifafa, désormais reconnues à l’échelle internationale. Ces informations peuvent figurer dans des guides touristiques et générer des retombées financières importantes pour le pays », a-t-il expliqué.
Mohamed Bajrafil a également souligné l’impact positif sur l’artisanat local : « L’inscription a mis en lumière les habits traditionnels portés lors des Zifafa, et ces tenues sont fabriquées localement. Les dragla, les bushti, les djoho et autres sont confectionnés sur place. Cela crée de l’emploi et de la main-d’œuvre. Des visiteurs viendront certainement pour les acheter ou simplement pour les découvrir, ce qui nécessitera une production accrue ».
Les Comores ont également introduit un dossier pour l’inscription des médinas comoriennes au patrimoine culturel matériel de l’UNESCO. À ce stade, toutes les étapes ont été franchies et une inscription est envisagée d’ici 2026. Si cela se concrétise, il s’agira d’un moment historique pour les Comores.
NAY
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