Dans le pays, certains artistes marquent leur époque. D’autres la bousculent. Titi Le Fourbe, lui, semble faire les deux à la fois. Destiné à une carrière d’ingénieur, il a choisi le rap. Aujourd’hui, avec une influence grandissante sur la jeunesse comorienne, Titi Le Fourbe s’est imposé comme l’une des voix les plus marquantes de sa génération.
Derrière ce nom désormais incontournable du rap comorien se cache Aanrith Mohamed Saleh. Un profil qui détonne. Ingénieur de formation, passé par des études en navigation aérienne puis en traitement du signal, il était destiné à un parcours classique. Il évoque ainsi « un environnement où les études occupaient une place centrale », explique l’artiste, marqué par une forte exigence académique. Après plusieurs années de formation à l’étranger, il fait le choix de revenir aux Comores. Un retour qui relève avant tout d’une décision personnelle. « Ce n’est pas un hasard, mais une orientation réfléchie », précise l’artiste, dans une volonté de construire quelque chose sur place. Ce positionnement marque un tournant dans son parcours. Il ne s’agit plus de suivre une trajectoire toute tracée, mais de redéfinir ses priorités.
La musique s’impose progressivement dans sa vie. Non pas comme un simple plan alternatif, mais comme une direction à part entière. Elle apparaît « comme un moyen de s’exprimer et de donner du sens à ce qu’il vit », explique l’artiste. S’engager dans cette voie implique de s’éloigner d’un parcours académique stable. Un choix qui suscite des réactions partagées autour de lui. Il évoque ainsi « un entourage partagé entre inquiétude et compréhension », confie-t-il. Malgré cela, il maintient sa direction. Aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes. Avec notamment plus de 2 190 000 écoutes pour Djanaza Vol.2, mais aussi 470 000 écoutes pour Djanaza Vol.1, 355 000 pour Mwana Damu ou encore plus de 556 000 pour Beramu, il s’impose comme une figure majeure du rap comorien.
Chez Titi Le Fourbe, la musique dépasse le simple divertissement. Elle devient un outil de lecture du réel. Dans ses propos, il explique vouloir « parler de ce que les gens vivent réellement, sans filtre », affirme l’artiste. Ses textes explorent les contradictions humaines, les tensions entre croyances et réalités, entre aspirations et limites. Cette approche donne naissance à un univers singulier, parfois dérangeant, mais profondément ancré dans le vécu. À travers le concept « Ilaso », il développe une réflexion sur l’identité et la marginalisation. Il s’agit, selon lui, de « montrer que ceux qu’on sous-estime peuvent se relever et construire quelque chose », explique-t-il. Une manière de transformer une étiquette négative en force.
Loin des clichés de l’artiste enfermé dans sa seule pratique, Titi Le Fourbe développe une approche pragmatique. En parallèle de sa carrière musicale, il s’investit dans l’aviculture, notamment l’élevage de poules pondeuses. Ce choix traduit une vision concrète de la réussite. Il insiste sur la nécessité de « rester connecté à la réalité et de ne pas dépendre d’une seule source », souligne l’artiste. Avec le recul, il ne remet pas en question son parcours. Au contraire, « malgré les difficultés, il referait les mêmes choix », affirme-t-il. Une position qui résume son état d’esprit : avancer sans renier ses décisions. Aujourd’hui, Titi Le Fourbe dépasse le cadre du rap. Il s’impose comme un miroir pour toute une génération. Une génération qui se reconnaît dans ses mots, dans ses doutes, mais aussi dans sa capacité à transformer les obstacles en force. Si son univers peut parfois sembler sombre, son message, lui, reste clair : avancer, malgré tout.
Mohamed Ali Nasra
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