La Gazette

des Comores

Quand l’océan parle : Youkna Issoufi, la poésie comme cri des îles

Quand l’océan parle :  Youkna Issoufi, la poésie comme cri des îles © : HZK-LGDC

Dans un recueil dense et incandescent, le poète comorien Youkna Issoufi fait de l’Océan Indien une mère blessée, de l’archipel une fratrie déchirée, et de la poésie une arme de dénonciation sociale, écologique et politique. Une œuvre qui interpelle, accuse et espère.


La terre tombe sur la lune, la lune se brise en quatre. Dès les premiers vers, l’image est saisissante. Elle revient comme un refrain obsédant tout au long du recueil de Youkna Issoufi, qui sera publié aux éditions ComoresTice et déposé légalement au premier trimestre 2026. Cette lune éclatée, ce sont les quatre îles de l’archipel comorien, joyaux de l’Océan Indien, unis par une histoire commune mais fracturés par les réalités contemporaines.

À travers une poésie longue, répétitive, parfois brute, l’auteur dresse un vaste tableau des maux qui rongent la société comorienne et, au-delà, le monde insulaire : migrations mortelles, pillage des ressources marines, chômage endémique, système éducatif défaillant, corruption érigée en colonne vertébrale du pays. L’Océan Indien, omniprésent, est à la fois matrice et cimetière, ventre nourricier et tombeau silencieux. Il avale les cadavres des migrants, témoigne des murs imaginaires dressés par les droits de veto et les frontières invisibles.

Le recueil se lit comme une allégorie familiale : trois frères restés sur la terre natale et une sœur mariée à l’étranger, symbole d’une île sous tutelle, libre en apparence mais prisonnière de contrats inégaux. Les relations de domination, les dettes, les illusions de l’aide extérieure y sont décrites avec une lucidité amère. « Le prix du billet est difficile à rembourser », martèle le poète, transformant l’exil en marché mortifère.

Mais Youkna Issoufi ne se contente pas de dénoncer. Il questionne aussi le rôle de l’éducation, présentée comme une promesse trahie : diplômes sans emploi, savoirs figés, jeunesse sacrifiée. À cela s’ajoute la guerre déclarée à l’environnement, où l’homme, armé de ses diplômes et de sa cupidité, détruit la mer, la terre et le mystère du vivant.

Pourtant, au bout de cette longue traversée poétique, une lueur persiste. Dans les dernières paroles, l’auteur appelle à un sursaut collectif : changer un pays en changeant sa population, purifier les cœurs avant que la vague ne nous engloutisse. Entre prière et responsabilité humaine, Youkna Issoufi rappelle que la poésie n’est pas un refuge, mais un acte. Un cri lancé depuis les îles, pour que la mer cesse d’être un cimetière et redevienne une mère.

La sortie officielle du livre est prévue le vendredi 23 janvier 2026. « Il m’a fallu quelques semaines à un mois pour l’écriture et la réécriture du texte. C’est une initiative personnelle, une réflexion sur la réalité comorienne. À la fin du texte, il s’agit d’une sorte de prière que j’adresse aux lecteurs, » explique Youkna Issoufi à La Gazette des Comores.

Riwad


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