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des Comores

Un jour, une langue : Le pari de Salim Ali Amir

Un jour, une langue : Le pari de Salim Ali Amir © : HZK-LGDC

Et si, le 14 mars, on parlait tous exclusivement shikomori ? C’est le défi lancé sur les réseaux sociaux par Salim Ali Amir. Post, texto, message… le temps d’une journée, chacun est invité à s’exprimer uniquement dans la langue nationale.


Une langue qui dort trop souvent sur nos réseaux sociaux ? Salim Ali Amir propose de la réveiller et nous aussi, par la même occasion ! Si l’initiative est personnelle, l’enthousiasme qu’elle suscite révèle un besoin réel : celui de renouer avec notre langue, à l’écrit notamment. « À l’époque de Msomo wa nyumeni (mouvement de formation politique et intellectuelle de jeunes militants des années 70-80 qui a fortement marqué une génération d’artistes et d’intellectuels comoriens, et auquel Salim Ali Amir a été lié dans sa jeunesse), j’aimais déjà l’idée de parler et d’écrire notre langue. Nous écrivions les paroles de nos chansons en shikomori, une langue magnifique qui permet beaucoup de nuances », explique Salim Ali Amir, artiste, compositeur, interprète. Dans son désir de faire vivre notre patrimoine, il lance un défi pour le 14 mars : parlons, écrivons shikomori toute la journée. Le 14 mars n’a pas été choisi au hasard. « Il fait écho aux événements de mars 1968, lorsque des lycéens comoriens avaient défié l’autorité coloniale française lors d’une révolte étudiante devenue un symbole de prise de conscience et d’affirmation nationale ». Plus qu’une tendance, une urgence, à l’en croire.

« Beaucoup de mes fans, en France notamment, me confient ne pas savoir parler notre langue. Leur seul contact avec le shikomori, ce sont mes chansons. Pour la petite anecdote, l’un d’eux m’a un jour confié qu’il s’occupait de son père malade. Dans ses occupations, il se met à fredonner une de mes chansons. Son père, très ému, a fondu en larmes… C’était la première fois qu’il l’entendait utiliser le shikomori. Des témoignages comme ça, j’en reçois très régulièrement et cela me conforte dans mon idée de perpétuer cet héritage. Des initiatives comme celle que je propose permettent de rassembler, de nous interroger, de participer dans un élan collectif, à promouvoir notre patrimoine ». Celui qui a publié en 2024, Tsiono Zindji, un recueil rassemblant plus de 200 paroles de ses chansons en shikomori, dit se réjouir de constater que de plus en plus de personnes choisissent de travailler à valoriser notre patrimoine linguistique.

« Il y a un vrai engouement depuis quelques années. C’est rassurant et réconfortant de voir que beaucoup travaillent à créer des outils pour renforcer la présence du shikomori dans nos vies, à l’instar de Mohamed Ahmed-Chamanga, spécialiste reconnu du shikomori et auteur de nombreux travaux sur la langue comorienne, ou encore le linguiste et enseignant Djohar Abdou, engagés dans la recherche et la promotion de la langue nationale. Je participe moi-même à plusieurs projets allant dans ce sens. Toutefois, je regrette que certains s’accaparent le sujet. Nous sommes tous concernés, et chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. Artistes, journalistes, scientifiques, artisans … c’est notre langue, c’est nous qui la vivons. Il n’y a pas besoin d’avoir l’accord d’une institution ou du gouvernement pour faire vivre notre langue ». Il ajoute : « Mon souhait serait que nos enfants apprennent le shikomori à l’école. Cela rendrait un grand service à la nation. Un bond de géant, à l’instar des autres pays du monde qui apprennent leur propre langue. Les jeunes pourraient ainsi apprendre certains métiers directement en shikomori, sans devoir passer d’abord par une autre langue ».

Pour rappel, un décret (n°21-005/PR du 30 janvier 2021) portant sur l’introduction de la langue nationale dans le système éducatif, a été promulgué sous la présidence de Azali Assoumani et stipule notamment que l’enseignement des deux premières années du préélémentaire se fasse en shikomori afin de favoriser la transmission de la langue et des valeurs culturelles comoriennes. Une avancée majeure pour Salim, qui regrette que cela ne soit pas encore effectif. En attendant que le shikomori fasse pleinement son entrée à l’école, le défi est simple : le 14 mars, parlons-le. Après tout, une langue n’a besoin que d’une chose pour survivre, des gens qui l’utilisent, même et surtout sur Facebook !

Sanaa Chouzour

 


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