Au lendemain de l’opération coup de poing menée par le ministère de l’Économie pour faire respecter les prix dans les magasins, laquelle opération s’est soldée par des fermetures et plusieurs interpellations, l’OPACO et le SYNACO ont, dans une conférence de presse conjointe, qualifié ces mesures d’« inadmissibles » et préconisent le dialogue.
24H après le coup de force organisé par le ministère de l’Économie qui n’a pas lésiné sur les moyens en mobilisant près d’une centaine d’éléments des forces de l’ordre et de contrôleurs des prix, le Syndicat des commerçants (Synaco) et l’Organisation patronale des Comores (la Nouvelle Opaco) ont sorti de leurs gonds et pour cause. La veille, plusieurs magasins ont été fermés et des commerçants interpellés par les forces publiques mises à contribution par le ministère de l’Économie, pour soi-disant « passer un message fort » aux commerçants indélicats. C’est raté puisque c’est retourné contre lui. Un effet boomerang, donc.
« Nous sommes conscients de la situation de plus en plus difficile au niveau mondial. Mais cela ne justifie pas l’attitude des autorités, hier (le mardi 26 octobre, Ndlr). Il fallait procéder pareillement que quand les autorités avaient rencontré les gérants des boulangeries pour éviter la hausse du prix du pain, et ouvrir les discussions avec les commerçants », déplore Sitti Djaouhariat. La présidente de la Nouvelle Opaco trouve que l’opération coup de poing et ses corollaires sont tout simplement « inadmissibles ». « Le gouvernement doit comprendre que pour faire respecter la loi du marché, il doit la respecter d'abord », lance-t-elle, faisant allusion aux tarifs douaniers jugés exorbitants par les opérateurs.
C’était à juste titre pour contester ces tarifs douaniers, rappelons-le, que les commerçants avaient observé une grève de 72H en janvier 2020. Une contestation qui n’a toujours pas apporté les fruits escomptés, à en croire les conférenciers. « Il faut souligner aussi qu’une fois les containers arrivés au port de Moroni, nous sommes soumis à des frais supplémentaires dits de scanner. Même le ciment, c’est 1000 Fc le sac. Le prix chez le consommateur ne peut qu’augmenter parce que le commerçant veut compenser tout ça », abonde pour sa part le président du Synaco, Mohamed Mouignidaho. « On avait l’assurance d'avoir un technocrate à la tête du ministère de l’Économie. Mais en ressassant ce qu'on a vécu ce mardi, les bras nous en tombent ».
Ce ressentiment est partagé également par la Chambre de commerce, du moins la cellule régionale de Ngazidja. « L'opération coup de poing d'hier (mardi, Ndlr) avait pour objectif de sensibiliser, d'avertir et dissuader les opérateurs qui spéculeraient à l'origine de la flambée des prix. Cette lutte contre les spéculations que nous approuvons devra se faire conformément aux lois et textes sur la concurrence. Les opérations des services publics en charge du contrôle et de la répression doivent se faire en concertation avec les organisations du secteur privé, de l’UCCIA et son réseau consulaire régional. Et ce dans un esprit de responsabilité et de sérénité. Malheureusement, la mission a été travestie. Des dérapages ont été constatés, des magasins fermés et des opérateurs arrêtés, ce qui outrepasse le cadre de la mission et nous regrettons qu’une telle situation ait pu se produire », réagi Hamidou Mhoma, directeur de la Chambre de commerce au niveau de Ngazidja.
Dans l’après-midi de ce mardi, une réunion de crise a été tenue au ministère de l’Économie. Elle a permis aux opérateurs d'exprimer leur mécontentement par rapport à ce qui s'est passé, de renouveler leur disponibilité à accompagner le ministère de l'Économie pour lutter ensemble et efficacement contre la vie chère. Le ministère s'est excusé de la tournure prise par cette opération coup de poing et a réitérer le besoin de lutter contre les spéculations qui créent des fortes tensions au niveau des consommateurs. Tous les participants se sont accordés enfin que c'est autour de la concertation et du dialogue qu’ils peuvent apporter des solutions à cette crise qui ne cesse d'augmenter. « Les solutions d'aujourd'hui peuvent n'être plus valables demain, d'où la nécessité de faire de la veille sur cette problématique. Et la Chambre de commerce a proposé ses services pour travailler avec les services du ministère de l’Économie pour mieux affiner les décisions à venir. Je salue le pragmatisme du ministre de l'Économie pour avoir réussi à dénouer cette crise née de malentendus et d'interprétations abusives de la mission confiée à ses services », abonde M. Mhoma. En réalité, la réaction du Synaco et de l’Opaco en aval de cette réunion, est tout sauf un signe d’apaisement béat.
Nassuf Ben Amad
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