La Gazette

des Comores

Mahamoudou Ali Mohamed : Azali « n’a aucunement » répondu aux attentes économiques

Mahamoudou Ali Mohamed :  Azali « n’a aucunement » répondu aux attentes économiques © : HZK-LGDC

Entrepreneur de renom le président du parti ANC (Alliance Nationale des Libéraux pour les Comores) a mis en charpie le discours d’Azali Assoumani à l’occasion du 2e anniversaire de son investiture, le 26 mai 2021. Patron de l’entreprise CBE dont il porte le nom, M. Mahamoudou livre dans cet entretien une analyse sans concession.


Question : Comment trouvez-vous le discours du chef de l’État du 26 mai 2021, à l’occasion du 2e anniversaire de son investiture… ?

 

Mahamoudou Ali Mohamed : Un discours lunaire. Contrairement à sa déclaration, il ne s’agit pas d’une confiance renouvelée. Le départ du pouvoir en 2006 s’était fait dans la douleur, le retour en 2016 était un pari malheureusement risqué, et parler de confiance renouvelée pour les élections de 2019 n’est pas approprié. Le Président Assoumani Azali a fait sien l’adage « les chiens aboient et la caravane passe ». Et comme toujours il ressasse des choses comme pour se persuader de les avoir réalisées. Mais avant de donner mon avis sur ce discours bilan, laissez-moi vous parler de ceci. Toute somme faite, quel est le véritable bilan des 5 années de pouvoir, car nous avons bien eu 5 années de pouvoir absolu le 26 mai 2021 ? L’accomplissement des élections des Chambres de Commerce n’a pas sa place dans ce bilan. Tout comme la réfection des routes qui dispose de son propre budget de Fonds d’Entretien Routier. Ni le paiement régulier des salaires qui est une dépense courante. Parlons de ce discours bilan, et je cite les propos du Président Assoumani Azali : Quand il nous parle du Plan Comores Émergentes brillamment défendu en France et qui a obtenu l’adhésion de beaucoup, est ce que nous voyons ces partenaires sur le terrain ? Non. L’affirmation des 4 milliards d’euros de financements qui ont permis de lancer plusieurs projets sur le territoire, quels sont effectivement ces projets ? Quels sont les projets financés par des fonds propres. Et de quels fonds propres parlons-nous ? Le président nous parle d’un cadre politique stable mis en place, mais c’est tout le contraire que nous constatons ? La désertion des rues des grandes villes du pays le 26 mai 2021 est une preuve de cette instabilité. Le besoin impérieux de demande de reconnaissance de l’exécutif pour pouvoir discuter, laisse aussi percevoir un cadre politique non stable. Dans le passé le pays a traversé des sombres époques, mais jamais Il n’y a eu autant de politiques persécutés ou en exil. Ni autant de haine de part et d’autre. Comment parler d’un pays respectueux de l’Etat de droit, quand les lois économiques sont bafouées en permanence pour ce qui me concerne au 1er chef et quand les libertés d’expression et d’organisation sont étouffées ? Comment le Président peut-t-il nous parler d’une lutte sans merci contre la corruption, quand une de ses premières actions était de dissoudre la Commission Anti-Corruption et avoir proposé à la place que des vœux pieux ? Quant au secteur privé, il ne s’agit dans son bilan que de la formalisation d’un accord de dialogue public-privé. En effet un énième accord fût signé à Anjouan l’année dernière sans suite donnée. Mais les graves difficultés des acteurs du secteur privé sont toujours ignorées. Pour finir dans l’énumération du président, cela fait plus de 2 années que nous attendons la mise en place de cette Assurance Maladie. Et il serait plus respectueux de préciser où se trouvent les 50 établissements scolaires qui font l’objet de 15 milliards de FC mobilisés en 2 ans pour leur réhabilitation. Ainsi que les énormes réalisations qui ont amélioré les conditions de vie des comoriens. Et d’oser nous parler d’une population animée par plein, plein d’espoirs. Ya Latuf !!! Mais face aux différentes entorses aux lois, dans ce discours le Président Assoumani Azali lance à ses différents ministres des « il faut…, il est grand temps que …, je les appelle à … je vous rappelle de… », comme si lui n’était pas en charge. Et le Président Assoumani Azali de continuer dans son exubérance de confiance par saluer la mise en place de l’Union de l’Opposition juste 2 jours après que le Préfet du Centre ait qualifié cette union de l’opposition d’organe farfelu à l’antenne de l’ORTC. Décidemment, yé mhodari. C’est un discours à mille lieues de la réalité de notre pays. Je pense que même les amuseurs de la Cour qui l’ont rédigé n’en croient pas une once.

 

Question : Dans un plan purement économique, Azali a-t-il répondu à vos attentes depuis qu’il est revenu ?

 

MAM : Aucunement. En 2016, le président Assoumani Azali s’est tout de suite lancé tête baissée, dans des grosses et coûteuses réformes avec comme seul objectif la mainmise sur tous les leviers du pouvoir. Comme je l’ai déjà souligné dans ma tribune de juillet 2020 (La sécurité nationale du pays n’est plus), « la capacité de l’État à délivrer les ressources et les moyens nécessaires au maintien de son existence et de son fonctionnement s’est très affaiblie.

Le Ministère de l’Economie s’est avéré incapable de promouvoir l’économie et le Ministère des Finances s’est empêtré dans la gestion des maigres ressources de la Nation. Le pouvoir d’achat de la majorité est quasi nul et les lois économiques sont bafouées en permanence. La récession s’est enracinée. Nous sommes en totale insécurité économique. » Ce fût la pire des solutions dans notre cas qui a eu la faveur du Président Assoumani Azali, la hausse des tarifs douaniers.  Et depuis 2017, toutes les lois de Finances quand il y en avait, ont vu à chaque fois des dispositions pour la hausse des taxes douanières. Le chiffre de 75% d’augmentation des taxes douanières depuis 2017 est avancé. La situation qui a précédé la grève des commerçants en janvier 2020 s’est empirée aujourd’hui. Les organisations du secteur privé avaient lancé un cri de désespoir, rien n’y a fait. Le Gouvernement s’est montré insensible. C’est une politique économique caractérisée par beaucoup d’amateurisme, cumulée à l’irrationalité de gestion des finances publiques et à la mauvaise gouvernance. Et contrairement à ses déclarations, le président Assoumani Azali n’a pas compris l’importance du secteur privé dans une économie telle que la nôtre, ni le rôle de l’État pour cela. Les attentes des comoriens n’ont aucunement été répondues.

 

Propos recueillis par AO Yazid

 

 


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