« Les échecs ne doivent pas constituer un frein » Les Comores se préparent à la tenue de la conférence des partenaires pour le développement. Nombreux voient en ce grand rendez-vous le chemin vers la réussite du développement. Said A. S. Abdillah, président du Parti Comores Alternatives (PCA), économiste de formation et auteur du livre « Comores pour l’indépendance financière et monétaire » nous donne son point de vue dans une interview accordée à La Gazette des Comores/Hzk Presse.
Question : Les Comores organisent à Paris le 2 et 3 décembre prochain la conférence des partenaires pour le développement de l’archipel. En tant qu’expert en économie, comment concevez-vous cette dynamique ?
Said Ahmed Said Abdillah : La mobilisation de nos partenaires économiques pour le développement de notre pays est une bonne volonté qui mérite d’être soutenue. Les Comores restent à la traine par rapport aux autres pays de l’Océan Indien et nous devons mobiliser tout le monde, surtout ceux qui ont les moyens financiers de nous accompagner.
Question : Parmi le programme du président comorien et son objectif avec ce grand rendez-vous de Paris, c’est de placer les Comores en tant que pays émergent à l’horizon 2030. Est-ce vraiment le bon moment de l’organiser ?
S.A.S.A : Il faudra distinguer entre la volonté du chef de l’Etat de placer notre pays à l’émergence à l’Horizon 2030 et ce grand rendez-vous. Ce dernier fait partie des moyens pouvant favoriser la marche des Comores vers l’émergence mais ne constitue pas la solution miracle. Nous devons mieux préparer cette conférence et cibler nos besoins fondamentaux. Nous avons l’habitude de s’occuper des accessoires en oubliant les fondamentaux. Cette conférence va faire venir des fonds. Pour que ces fonds soient plus efficaces pour le développement de notre pays, il nous faudra la maitrise de la politique monétaire, qui constitue le canal de transmission des flux financiers, c’est dire la gestion réelle de la banque centrale des Comores. Pour ce faire, nous devons discuter avec notre ami et allié, la France, qui a montré sa disposition à nous accompagner. Par ailleurs, nous devons demander à nos partenaires de nous soutenir dans le domaine de l’agriculture, de la pêche, du tourisme et dans la construction des logements sociaux et administratifs.
Question : Cette conférence serait la troisième qu’organisent les Comores sur son développement. N’y a-t-il pas eu des échecs ? Les Comores devraient-elles le faire ?
S.A.S.A : Dans tout ce que nous faisons, il y a une part d’échec et de succès. Nous devons juste retenir les causes de nos échecs. Les échecs ne doivent jamais constituer un frein à nos actions mais des leçons pour aller vers l’avant. On a des besoins urgents en moyens financiers. Plus vite est faite cette conférence, mieux c’est.
Question : Les défis sont immenses car tous les secteurs sont à revoir et le gouvernement comorien espère mobiliser jusqu’à 900 milliards de francs comoriens pour projeter une croissance économique de 7,5% à partir de 2021 sur 12 grands projets. Cette somme suffira-t-elle à placer les Comores comme pays émergent ?
S.A.S.A : L’ambition est grande et nous le saluons en espérant que le gouvernement y arrive. D’abord, nous devons savoir que la croissance de notre pays est déjà positive de 2,8%. Pour parvenir à 7,5%, nous n’aurons pas besoins uniquement de l’argent mais aussi une politique économique et sociale centrée sur la production, le plein emploi et surtout un système de bonne gouvernance basé sur la méritocratie. Nous devons associer tout le monde dans la gestion des affaires publiques du moment où il est compétent sans tenir des considérations idéologiques, partisanes ou de proximité. Ce n’est pas l’argent qui va stimuler la croissance mais la façon dont nous l’aurons utilisé.
Question : En tant qu’expert, comment voyez-vous l’émergence des Comores tant prônée par le gouvernement et le président de la République ?
S.A.S.A : L’émergence des Comores à l’horizon 2030 est possible à condition que nous nous mobilisons réellement tant au niveau de la politique que de la population. Le premier pas doit être fait par nos dirigeants en menant une politique économique qui stimule le plein emploi, la création des petits et moyens d’entreprise en facilitant le prêt bancaire. Ceci n’oubliant pas l’état de notre système éducatif, sanitaire et judiciaire.
Propos recueillis par A.O Yazid
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