La Gazette

des Comores

Sommet de Paris : S.A.S. Chayhane : « Il faut que le Comorien commence à croire à l’entreprenariat »

Sommet de Paris : S.A.S. Chayhane : « Il faut que le Comorien commence à croire à l’entreprenariat » © : HZK-LGDC

Au lendemain du sommet de Paris sur le financement des économies africaines, qui a eu lieu le mardi 18 mai, le ministre des finances Said Ali Said Chayhane a répondu à nos questions.


Question : Quels sont les objectifs et les résultats escomptés de ce sommet sur la relance des économies africaines ?

 

Said Ali Said Chayhane : Le sommet avait comme objectif de rechercher de nouvelles voies pour une relance de l’économie africaine durement frappée par la crise pandémique. Il s’agit de mobiliser de nouvelles sources de financement et en même temps alléger le poids de la dette africaine.

A l’issue du sommet, il a été convenu entre autres : Redéfinir un nouveau moratoire sur la dette par le renforcement de l’initiative ISSD ; le FMI va accorder un financement additionnel à travers une réaffectation des DTS qui va permettre de dégager 650 milliards de dollars dont au moins 34 milliards pour l’Afrique ; relancer le secteur privé africain à travers des nouveaux instruments financiers soutenus par des organisations internationales telles que la BAD, la SFI, la BEI…etc

 

Question : Quels sont les mécanismes phares pour que le pays remonte la pente de l’économie nationale, durement frappée par la crise sanitaire de coronavirus ?

 

S.A.S.C : Comme l’a dit le chef de l’État dans son allocution lors du sommet de Paris, il serait utopique de parler d’une relance économique sans pour autant identifier des solutions à la vaccination de la population africaine. Premièrement, il faut d’abord aller à la vaccination d’au moins 60% de la population pour une immunité collective. Deuxièmement, il faudra soutenir activement le secteur productif (public et privé) pour encourager une production locale et ensuite accompagner les secteurs les plus affectés par la pandémie pour les aider à retrouver leur situation d’avant Covid. Enfin, il faudra tirer les leçons de cette crise. A mon avis, il faut que le Comorien commence à investir pour son lendemain, à croire à l’entreprenariat en consacrant plus de ses revenus et de son temps à des investissements productifs pouvant lui garantir des lendemains meilleurs. A mieux gérer ses ressources pour s’inscrire durablement dans la voie de la croissance et en prévention d’éventuelles crises.

 

Question : Quel est le montant de l’endettement de notre pays ?

 

S.A.S.C. : L’objectif du sommet n’est pas d’évaluer l’endettement des pays. Mais plutôt d’identifier des pistes pouvant conduire à une relance de l’économie du continent suite à la crise sanitaire de la pandémie Covid-19. Un allègement ou une annulation de la dette serait une bouffée d’oxygène à presque tous les pays africains qui ont d’ores et déjà bénéficié de l’Initiative de Suspension des Services de la Dette (ISSD). La dette totale publique de l’Union des Comores au 31 décembre 2020 se chiffre à 138,9 milliards FC, soit environ 343,4 millions USD. Elle est constituée de 119 milliards (294 millions USD) au titre de la dette extérieure, de 4,8 milliards (12 millions USD) au titre de la dette intérieure et de 14,8 milliards (36,8 millions USD) au titre des instruments de trésorerie. Le taux d’endettement public (la dette rapporté au PIB) est de 26,8% au 31 décembre 2020,

 

Question : Partagez vous l’opinion selon laquelle l’Afrique est sous financée mais surtout mal financée 

 

S.A.S.C. : La dette africaine représente à peine 0,3% de la dette mondiale. Comme le dit l’adage, on ne prête qu’aux riches, bien que les besoins de financement soient immenses en Afrique, comparativement au reste du monde. Certains pays africains ont été objectifs et ont su adapter leur endettement à leur besoin de développement. Pendant que d’autres ont cru profiter des facilités qui leurs ont été accordées à des moments propices. Pour ce qui est de l’Union des Comores, on retrouve les deux situations, car certains prêts datent même de la période coloniale.

 

Question : Selon Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, « les pays africains empruntent le moins mais à des taux élevés ». Que pensez-vous de cette affirmation ?

 

S.A.S.C. : Le taux d’intérêt est le prix de l’argent. Il dépend de deux facteurs : le volume de la dette et le risque de non remboursement. Plus le volume de la dette est élevé, moins élevé sera le taux d’intérêt. Et plus le risque de non remboursement est élevé, le taux d’intérêt sera alors plus élevé. En Afrique le volume de la dette est moins élevé que celui des pays riches. Et le risque de non remboursement est plus élevé. C’est pourquoi, les taux d’intérêt dans les pays africains sont plus élevés. On déplore aussi l’absence des banques d’investissement en Afrique qui accordent généralement des prêts à des conditions plus favorables que dans les banques commerciales.

 

Propos recueillis par Nassuf Ben Amad

 


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