L’Alliance pour l’Inclusion Financière (AFI) dont est membre la Banque Centrale des Comores (BCC) a animé des ateliers de formation sur l’élaboration de la stratégie nationale d’inclusion financière. Cette décision est née d’un constat sur la réticence de la population comorienne à se bancariser et à rentrer en affaires avec des institutions financières. Sawbira Said, le point focal de l’AFI à la BCC montre que la banque des banques a décidé depuis quelques temps de faire de l’inclusion financière une de ses priorités. Elle a accepté de répondre aux questions de HZK/La Gazette des Comores.
La BCC est membre de l'AFI depuis janvier 2023. Qu’est ce qui a poussé cette banque à intégrer cette organisation ?
Swabira Said : La Banque Centrale des Comores a fait de l’inclusion financière son objectif principal pour les cinq années à venir. Elle s’est en effet fixée comme objectif d’amener le plus grand nombre de Comoriens à intégrer le système financier et notamment d’augmenter le taux de bancarisation de la population comorienne chiffrée selon les dernières données disponibles (2021) à 22% seulement. En échangeant avec les Banques centrales sœurs qui ont suivi cette voie, la BCC a compris que l’AFI était le partenaire de référence vers lequel se tourner. L’AFI compte en effet 85 membres qu’elle accompagne pour l’atteinte de cet objectif d’inclusion financière. La mission principale de l’AFI est d’aider les pays à élaborer des stratégies nationales d’inclusion financière (SNIF) accompagnées de leur plan de mise en œuvre.
La BCC est animée pour l'élaboration de la SNIF. Qu’est qu’elle va apporter et qu’est-ce qu’elle va prévoir pour faciliter l’inclusion financière ?
S.S : Comme expliqué plus haut, la BCC s’est donnée pour objectif d’améliorer l’inclusion financière de la population comorienne. L’atteinte de cet objectif n’est possible qu’en travaillant sur plusieurs axes stratégiques. Pour citer quelques exemples, on va travailler sur l’éducation financière de la population (individus et entreprises). Cette action vise à informer la population des avantages des services bancaires, notamment l’épargne et l’accès au crédit, sur l’infrastructure financière (modernisation du système de paiement national et international, sécurisation des transactions financières), la diversification des produits financiers (finance islamique, crédit-bail, fonds de garantie, TEG, services financiers numériques etc.), le cadre réglementaire et la surveillance du système financier et la protection des consommateurs. La plupart de ces sujets sont déjà pris en charge par la BCC et par les institutions financières. Cependant, afin de mieux mesurer leur impact sur l’inclusion financière, et également de synchroniser ces actions avec d’autres dépendant d’autres secteurs d’activités, nous devons les structurer autour d’une stratégie nationale d’inclusion financière. L’objectif final de la stratégie est de faciliter à la population comorienne l’accès aux services financiers. Ces derniers doivent devenir plus accessibles, par leur proximité, par leur coût et par leur cohérence avec les besoins de la population.
Selon vous, pourquoi les gens sont réticents face aux banques ?
S.S : D’après les discussions que nous avons eues lors de cette semaine d’atelier, on a pu avoir quelques réponses comme le manque d’information et communication en langue locale, difficile accessibilité physique des agences en milieux reculés, des frais élevés liés à la gestion des comptes, des documents compliqués pour les demandes d’ouverture des comptes bancaires, la lenteur des procédures d’ouverture et d'accès aux comptes et un niveau insuffisant d’éducation financière. Pour plus de précisions à cette question, il faudrait effectuer un diagnostic de la demande de produits financiers, cela fait partie du processus d’élaboration de la stratégie.
Quelle sera la part du ministère de l’intérieur car quand on parle de la banque, on a tendance à penser aussi au blanchiment d’argent ?
S.S : Le Ministère de l’Intérieur est impliqué effectivement au titre de la lutte anti-blanchiment, à travers le SRF (Service de Renseignements Financiers) qui regroupe tous les acteurs anti-blanchiment. Il s’agit du ministère des finances, de la BCC, du ministère de la justice et du ministère de l’intérieur, mais également pour faciliter l’identification des utilisateurs de services financiers étant donné que cela a été cité comme un des freins à l’accès aux services financiers.
Quelles seront les responsabilités des banques et des institutions financières pour arriver à cette inclusion financière ?
S.S : De la même manière, il faudrait pour répondre avec exactitude effectuer un diagnostic de l’offre. Cependant, on peut déjà dire d’après les discussions menées la semaine dernière que les utilisateurs attendent une offre de services plus diversifiée, mieux adaptée à leurs besoins et plus abordable. Il est bien sûr essentiel que des services soient offerts par des institutions saines et solides. Il faudrait que les agences bancaires et financières se rapprochent de la population et non l’inverse. C’est pourquoi la BCC modernise son système de paiement dans l’objectif de se rapprocher le plus possible de la population démunie de bureaux de banques, à travers notamment l’utilisation des paiements mobiles.
Que diriez-vous à la population pour faire confiance aux banques quand on connaît le passé de certaines banques en matière de détournement ?
S.S : Je pense qu’un travail coordonné doit être effectué et c’est le but de la stratégie. Le plus important est de rétablir la confiance entre la population et les banques. La confiance ne sera pas rétablie par un discours mais par des actions à tous les niveaux. Au niveau de la population, au niveau des institutions financières mais également au niveau de la BCC en renforçant constamment ses capacités en matière de surveillance bancaire.
Un dernier mot sur l'inclusion financière
S.S : L’inclusion financière comme le nom l’indique doit être menée avec une approche inclusive. C’est l’affaire de tous et pas seulement de la BCC. Pour atteindre les objectifs que nous allons nous fixer, l’implication de toutes les parties prenantes est indispensable. C’est un long travail, mais les retombées positives attendues pour la population en valent la peine.
Propos recueillis par AA
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