L'adhésion des Comores à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre de nouvelles perspectives pour l'économie nationale. Selon une étude conjointe de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) et de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), cette intégration pourrait accélérer la diversification de l'économie, stimuler l'industrialisation et améliorer les conditions de vie des ménages. Mais ces perspectives restent conditionnées à d'importantes réformes structurelles.
Entrée en vigueur en 2019, la ZLECAf constitue l'un des projets phares de l'Union africaine visant à créer un marché unique africain. Les Comores y ont officiellement adhéré en 2023. Pour le pays, cette intégration s'inscrit dans l'objectif plus large de réussir sa transition vers le statut de pays en développement d'ici 2030, conformément aux ambitions du Plan Comores Émergent. Publié en août 2025, le rapport de la CEA et de la CNUCED estime que l'ouverture progressive du marché continental pourrait favoriser une hausse de la production nationale, une meilleure diversification des exportations et une augmentation du niveau de vie. Le document souligne également que la ZLECAf représente une opportunité historique pour renforcer la compétitivité de l'économie comorienne.
Les projections sectorielles mettent en évidence plusieurs moteurs potentiels de croissance. Les services publics et la construction enregistreraient la progression la plus importante, avec une hausse estimée à 21,4%. Ils seraient suivis par la manufacture légère, destinée aux biens de consommation courante (+18,7%), puis par la manufacture lourde et la production d'équipements industriels (+18,6%). L'agriculture, secteur clé de l'économie nationale, connaîtrait également une croissance significative de 16,9%, confirmant son rôle central dans le développement économique du pays.
L'étude accorde une attention particulière aux effets de la ZLECAf sur les inégalités entre les femmes et les hommes. Les revenus réels des femmes progresseraient de 17,8%, contre 15,2% pour les hommes. Leur consommation réelle augmenterait de 14,2%, contre 12% pour les hommes. Selon les auteurs, cette évolution s'explique par la forte présence des femmes dans les secteurs des services, du commerce et des activités orientées vers les exportations. Le rapport estime toutefois que ces bénéfices ne pourront être pleinement réalisés qu'à travers des politiques publiques favorisant l'inclusion économique et l'entrepreneuriat féminin.
Malgré ces perspectives encourageantes, le rapport met en évidence plusieurs contraintes majeures susceptibles de limiter les effets attendus de la ZLECAf. Les principales difficultés concernent l'insuffisance des infrastructures de transport et d'énergie, l'accès limité aux financements, le déficit de compétences de la main-d'œuvre, un environnement des affaires encore peu attractif ainsi qu'un secteur privé dominé par des entreprises de petite taille évoluant largement dans l'informel.
Les experts estiment également que la réduction progressive des droits de douane et des barrières non tarifaires favoriserait une baisse des prix des produits importés, améliorant ainsi le pouvoir d'achat des ménages. Les femmes devraient être parmi les principales bénéficiaires de cette évolution, leurs dépenses étant davantage orientées vers les biens de consommation essentiels.
En définitive, le rapport dessine une trajectoire encourageante vers une économie plus diversifiée, plus compétitive et davantage intégrée au marché africain. Toutefois, la réussite de cette transition dépendra de la capacité des Comores à accélérer les réformes, améliorer la gouvernance économique, renforcer les infrastructures et mobiliser les investissements publics et privés. Autant de conditions indispensables pour transformer les opportunités offertes par la ZLECAf en une croissance durable et inclusive.
Aticki Ahmed Ismael
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