Le journaliste Toufé Maécha et le directeur de publication du journal La Gazette ont été interpellés par la gendarmerie hier soir, aux alentours de 19 heures. Pourtant, plus de quatorze heures après leur arrestation, aucune information officielle n’a été communiquée quant aux motifs de cette mesure.
Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’opinion publique se tourne vers la dernière édition du journal afin d’y rechercher d’éventuels éléments d’explication. La une de ce numéro est notamment consacrée à l’état de santé de l’ancien président Sambi, actuellement incarcéré et dont la situation médicale suscite de nombreuses interrogations.
On ne peut pas, d’un côté, promouvoir l’État de droit, rappeler au plus haut niveau les règles encadrant l’émission et l’exécution d’un mandat d’arrêt ainsi que les garanties qui l’accompagnent, et, de l’autre, garder le silence face à un cas aussi manifeste. La transparence sur les motifs d’une interpellation constitue non seulement une exigence légale, mais également un impératif de confiance entre les institutions et les citoyens.
Dans une démocratie attachée aux libertés fondamentales, notamment à la liberté de la presse et au droit à l’information, les autorités ont le devoir d’éclairer rapidement l’opinion publique sur les raisons de telles mesures afin d’éviter les spéculations et les inquiétudes légitimes qu’elles suscitent.
Cette affaire soulève également de sérieuses préoccupations quant au respect de la liberté de la presse aux Comores. L’interpellation de professionnels des médias, sans communication officielle claire sur les motifs retenus contre eux, risque d’être perçue comme une forme d’intimidation à l’égard de la profession.
Au-delà des personnes concernées, c’est l’image du pays qui est en jeu. Les évaluations et classements internationaux relatifs à la liberté de la presse prennent en compte ce type d’événements, et une telle situation pourrait affecter davantage la réputation des Comores sur la scène internationale en matière de respect des droits et libertés fondamentaux.
Face à cette situation, il est indispensable que le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (CNPA) se saisisse du dossier dans les plus brefs délais. En tant qu’instance chargée de veiller à la protection de la liberté de la presse et au respect des règles qui encadrent l’exercice du métier de journaliste, le CNPA ne peut rester silencieux. Une prise de position rapide et des démarches auprès des autorités compétentes sont nécessaires pour faire toute la lumière sur cette affaire et garantir le respect des droits des professionnels concernés.
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