La Gazette

des Comores

Habari za udunga: Le principe de Peter et les îles de la lune

Habari za udunga: Le principe de Peter et les îles de la lune © : HZK-LGDC

Dans un Petit État insulaire en développement (PEID), où les ressources naturelles, financières et humaines sont limitées, chaque décision publique pèse lourdement sur l'avenir du pays. Plus qu'ailleurs, la qualité de la gouvernance et la valorisation des compétences constituent des leviers essentiels pour accélérer le développement. Pourtant, aux Comores, un paradoxe persiste : les compétences ne semblent pas toujours être le principal critère d'accès aux responsabilités.


Le célèbre Principe de Peter, développé par Laurence J. Peter, explique qu'au sein d'une organisation, les individus sont souvent promus jusqu'à atteindre leur niveau d'incompétence. Cette théorie éclaire certains dysfonctionnements administratifs observés à travers le monde. Mais aux Comores, le phénomène paraît parfois aller plus loin : des responsables dont les résultats sont contestés se retrouvent néanmoins propulsés vers des fonctions encore plus élevées. Cette situation nourrit un profond sentiment de frustration chez de nombreux cadres compétents. Lorsque le mérite, l'expérience ou l'intégrité ne sont plus perçus comme des critères déterminants de promotion, c'est toute la motivation des agents publics qui s'effrite. Dans un pays de moins d'un million d'habitants, où les talents qualifiés restent rares et où la fuite des cerveaux demeure une réalité, cette perte de confiance représente un coût considérable.

 

La gouvernance constitue pourtant l'un des principaux défis des PEID. Les iles de la lune, disposent d'une administration relativement lourde au regard de leur taille. Multiplication des institutions, coûts de fonctionnement élevés et dispersion des ressources réduisent les marges d'investissement dans les secteurs productifs, notamment l'agriculture, la pêche, le tourisme, l'économie bleue ou encore l'éducation. À cette contrainte institutionnelle s'ajoute une difficulté récurrente : la hiérarchisation des priorités nationales. Les stratégies de développement existent, qu'il s'agisse du Plan Comores Émergent ou des différents cadres sectoriels. Mais leur efficacité dépend avant tout de leur appropriation par les décideurs et de leur traduction en politiques publiques cohérentes. Sans vision partagée ni culture de l'évaluation des résultats, les meilleurs plans risquent de rester des documents de référence plutôt que de véritables instruments de transformation.

 

L'exemple souvent cité d’un très grand pays asiatique, avec une organisation institutionnelle relativement centralisée malgré sa population immense, invite moins à la comparaison qu'à la réflexion sur l'efficacité des structures publiques. Pour un petit État insulaire comme les Comores, l'enjeu n'est pas de reproduire un modèle étranger, mais de construire des institutions proportionnées à ses moyens et capables de produire des résultats mesurables. Dans un contexte marqué par les défis climatiques, la pression démographique, les contraintes budgétaires et la nécessité de créer des emplois, chaque poste de responsabilité devrait être occupé par la personne la plus compétente, la plus intègre et la plus apte à conduire le changement.

 

Pour un PEID, le capital humain est la première richesse nationale. Valoriser les compétences, promouvoir le mérite et instaurer une véritable culture de la performance ne relèvent pas seulement de la bonne gouvernance : ils constituent une condition indispensable pour assurer un développement durable, renforcer la confiance des citoyens et bâtir un État capable de répondre aux aspirations de sa population.

 

Mmagaza


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