Dans les iles de la lune, il semblerait qu’une nouvelle spécialité nationale soit en train de voir le jour qui est la médecine politique. Une médecine d’un genre particulier où, au lieu de soigner la maladie, on commence par s’attaquer au thermomètre qui ose afficher une température inquiétante.
L’adage est pourtant connu. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre. Mais dans nos îles de la lune, certains semblent avoir découvert une méthode révolutionnaire. Si l’instrument indique que quelque chose ne va pas, il suffit de dissimuler l’instrument. Ainsi, plus de température affichée, plus de malade visible… et peut-être même plus de problème, du moins, dans les communiqués dont nous battons certains records en la matière. L’affaire autour des journalistes d’un journal de la place, illustre cette étrange conception de la gestion des crises. Après des publications portant sur l’état de santé d’une ancienne haute autorité, des journalistes ont été inquiétés et placés sous contrôle judiciaire, avec des restrictions concernant la couverture de cette affaire.
Dans cette grande pièce de théâtre nationale, le scribe devient soudainement le patient, l’information devient la maladie et le silence devient le médicament miracle. Certains vont jusqu’à imaginer un nouveau protocole médical sous les cocotiers. En effet, si un problème apparaît, ne pas chercher la cause mais chercher celui qui parle du problème et lui expliquer que le véritable danger n’est pas la fièvre, mais le fait de montrer le l’instrument de mesure. Malheureusement, l’histoire nous enseigne que les fièvres ignorées finissent rarement par disparaître. Elles montent, elles se cachent, elles reviennent. Une société ne guérit pas parce qu’elle interdit les diagnostics. Elle guérit lorsqu’elle accepte d’entendre les symptômes.
Les débats actuels posent aussi une question plus large : quand on aspire au développement et à la modernité, peut-on construire la confiance publique en limitant les informations qui intéressent les citoyens ? La transparence n’est pas toujours confortable, mais l’opacité coûte souvent plus cher. Nous savons tous que la presse n’est pas un baromètre parfait. Elle peut se tromper, exagérer, manquer de précision. Comme tout instrument humain. Mais dans une démocratie, la réponse à une information contestée n’est pas forcément de briser l’appareil de mesure mais c’est d’apporter d’autres mesures, d’autres explications, d’autres preuves.
Sinon, demain, il faudra peut-être interdire les miroirs parce qu’ils montrent les rides, fermer les fenêtres parce qu’elles laissent entrer la lumière, et supprimer les calendriers parce qu’ils rappellent le passage du temps. Chez nous comme ailleurs, la fièvre politique ne tombe jamais parce qu’on réduit au silence ceux qui prennent la température. Elle baisse seulement lorsque l’on accepte de regarder le thermomètre, de comprendre la cause du mal et d’agir. Mais il semble que c’est trop demander.
Mmagaza
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