Les tensions qui ont toujours opposé l’Iran aux États-Unis et à Israël, ayant abouti à une guerre meurtrière sans précédent au Moyen-Orient, suscitent inquiétude et interrogations à travers le monde. Depuis dimanche dernier, les échanges des tirs entre les belligérants font planer le spectre d’une guerre régionale effrayante aux conséquences imprévisibles non seulement pour les pays de cette région mais pour tous les pays du monde entier. Pour un petit État insulaire comme les Comores, situé à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations militaires de cette guerre, la question se pose : quelle posture diplomatique faudrait-il, officiellement et politiquement, adopter ?
Notre pays, l’Union des Comores n’est ni une puissance militaire ni un acteur direct de ces rivalités. Mais il est membre à part entière de la communauté internationale, de l’Organisation des Nations unies, de l’Union Africaine, de la Ligue Arabe et de l’Organisation de la Coopération Islamique. À ce titre, sa voix, traduisant sa position officielle et diplomatique, doit être claire et responsable en s’imposant certaines exigences de modestie et neutralité.
La première exigence est celle de la défense de la paix, un principe Sacro-saint devant guider notre politique étrangère. De nos jours, les guerres ne se limitent plus aux frontières des pays qui s’affrontent. Elles sont transfrontalières en ce sens qu’elles bouleversent les équilibres économiques mondiaux, perturbent les marchés mondiaux et surtout des hydrocarbures, affectent le transport aérien et accentuent les tensions politiques bien au-delà de la région concernée. Les Comores, intégrées à ces circuits internationaux des échanges commerciaux et avec une économie dépendante des importations des produits hydrocarbures et de tous autres produits de consommation, ne sont pas à l’abri de ces répercussions de la guerre qui embrase le Moyen-Orient.
Mais au-delà des considérations économiques, il y a un principe fondamental que les autorités comoriennes doivent invoquer et s’en tenir religieusement. C’est le principe du respect du droit international et le règlement pacifique des conflits. L’histoire nous enseigne que les escalades militaires de la guerre, lorsqu’elles échappent au contrôle diplomatique, produisent des cycles de violence incontrôlable. Là-dessus, je pense, avec inquiétude, à une recrudescence d’une violence internationale incontrôlable dont les populations civiles demeurent les premiers à payer le prix le plus lourd. Dans ce contexte, la diplomatie comorienne doit privilégier trois axes : Premièrement, la constance des principes. Défendre la paix, la souveraineté des États et la protection des civils ne doit pas dépendre de l’identité des protagonistes. La crédibilité internationale d’un pays comme le nôtre doit reposer sur la cohérence de ses positions. Deuxièmement, l’équilibre. Les Comores entretiennent des relations diverses avec le monde arabe, les partenaires occidentaux et les pays africains. Une diplomatie sage doit éviter les alignements émotionnels et privilégier la modération et l’intérêt supérieur de la nation. Troisièmement, la coordination africaine. Une voix diplomatique comorienne associée à celle d’une Afrique unie, portée notamment au sein de l’Union Africaine, a davantage de poids qu’une série de prises de position isolées et de façade.
Il serait illusoire de croire qu’un pays comme le nôtre peut influencer à lui seul le cours d’un conflit international comme celui actuel du Moyen-Orient. En revanche, nous pouvons choisir de relever très haut notre voix en affirmant que la guerre n’est jamais une solution. Il est dans notre intérêt suprême de soutenir les efforts de médiation et encourager le dialogue.
Dans un monde en proie aux rivalités des grandes puissances mondiales, la sagesse diplomatique est une force. Pour les Comores, elle consiste à rester fidèles à nos principes, à préserver nos intérêts nationaux et à promouvoir la paix sans tomber dans les logiques de blocs. Car, au final, la véritable grandeur d’un État réside dans la clarté de sa vision et dans la cohérence de ses engagements internationaux.
Par Mohamed Djalim Ali
Enseignant-chercheur à la retraite
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.
© : HZK-LGDC