La Gazette

des Comores

Tribune : L’esprit de Paris, 21 juin 2013 - 21 juin 2026 : Honorer la parole de la République

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Tribune :  L’esprit de Paris, 21 juin 2013 - 21 juin 2026 : Honorer la parole de la République © : HZK-LGDC

Il est des silences qui sont des devoirs. Pendant treize ans, par devoir de réserve et par respect de l’esprit républicain, je n’ai pas pris la parole publiquement sur la question de Mayotte. Aujourd’hui, le devoir de vérité m’y oblige. Les déclarations tenues récemment à Mayotte par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, candidat à la Présidence française, et par l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, marquent une rupture avec l’engagement solennel pris par la France et les Comores le 21 juin 2013 à Paris. Le rappel à Dieu d’Édouard Balladur, ancien Premier ministre et père du "visa Balladur", ce dispositif qui a dressé un mur entre les enfants d’un même archipel, m’impose également un devoir de mémoire. Il est temps de revenir au texte de Paris. Il est temps d’honorer la signature des Républiques.


I. Paris 2013 : Un acte de responsabilité diplomatique

 

La Déclaration sur l’amitié et la coopération du 21 juin 2013 n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement d’âpres, mais sincères, franches et très profondes négociations, conduites dans un cadre strictement responsable au Quai d’Orsay.

Avec Mme Claudine Ledoux, Ambassadrice déléguée à la coopération régionale dans la zone de l’océan Indien et cheffe de la délégation française, j’ai eu l’honneur de coprésider ces négociations qui ont conduit à l’écriture de la Déclaration, ainsi que le Haut Conseil Paritaire, fruit de ce texte. Avant sa signature, fidèle aux principes qui fondent notre politique extérieure, le Président Ikililou Dhoinine m’a dépêché comme émissaire auprès de deux hautes autorités : Son Excellence Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, Présidente de la Commission de l’Union Africaine, et Son Excellence Monsieur Jakaya Kikwete, Président de la République Unie de Tanzanie. L’une, au nom de notre organisation continentale. L’autre, au nom du pays frère le plus proche de notre archipel. Après avoir pris connaissance du projet de texte, ces deux autorités ont apprécié la démarche du Président Ikililou et l’ont encouragé à signer la Déclaration. La signature de Paris s’est donc faite en pleine concertation avec l’Afrique. Nous avons ensuite amorcé la mise en œuvre du Haut Conseil Paritaire en conformité avec la déclaration. Hélas, à la suite des élections présidentielles de 2016, cet élan a été brisé. La Déclaration de Paris a été mise en veille. Un autre accord, qui n’en reprenait ni l’esprit ni la lettre, lui a été substitué.

 

II. L’esprit de Paris : Le droit, l’identité et la circulation

 

 

Que dit la Déclaration de Paris ? Elle dit d’abord le droit. Elle dit ensuite l’homme.

Elle reconnaît que "l’identité géographique, sociale et culturelle des quatre îles doit permettre de faciliter leur insertion régionale, sur la base de relation de confiance et d’un dialogue renouvelé". Elle affirme que "les échanges humains qui témoignent des liens naturels entre les quatre îles, historiques et étroits entre la France et les Comores, représentent une richesse incomparable pour chacune d’elles et chacun d’eux". Sur la question la plus sensible, celle du mouvement des populations, nous avons fait un choix politique majeur. Nous avons écarté le terme "d’immigration". Nous lui avons substitué celui de "circulation des personnes et des biens entre les îles de l’archipel des Comores".

 

Par cette formule, nous avons voulu que le Comorien qui va de Moroni à Mamoudzou, de Mutsamudu à Fomboni, ne soit plus considéré comme un étranger sur sa propre terre. Qu’il ne soit plus un "régulier" ou un "irrégulier", mais un frère qui circule au sein de sa maison. La Déclaration le dit : "Les deux signataires estiment que la circulation des biens et des personnes contribue au rapprochement des populations et qu’une maîtrise concertée de cette circulation constitue un facteur de stabilité de l’archipel et de développement économique, social et culturel." C’est tout l’opposé de la logique du "visa Balladur" de 1995. C’est la voie du dialogue contre celle du mur. Cette voie est d’ailleurs celle du droit international. Les résolutions 3161 et 3385 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, réaffirmées chaque année par l’Union Africaine, consacrent l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores.

 

III. L’heure du sursaut

 

D’abord, la volonté des deux parties, pour la question de Mayotte, est de privilégier la concertation en bilatérale avant toute autre action ou déclaration publique tout en se conformant au droit international : « Cette volonté commune s’inscrit dans le respect des principes universels du droit international et des intérêts respectifs des deux pays, notamment la recherche pragmatique, dans un cadre bilatéral privilégié et concerté, de l’approfondissement de la coopération ». Se taire face à l’oubli d’un engagement international, ce serait manquer à l’histoire. Réactiver le Haut Conseil Paritaire, remettre le dialogue bilatéral au centre, replacer la question de Mayotte dans le cadre du droit et de l’esprit de Paris : telle est la responsabilité des dirigeants d’aujourd’hui. La France et les Comores ont signé ensemble, avec l’assentiment de l’Afrique. Il appartient à cette génération de dirigeants d’honorer cette signature. Non pour rouvrir les plaies, mais pour panser les blessures. Non pour diviser, mais pour réunir. Pour les enfants des quatre îles. Pour la dignité de notre peuple. Pour la grandeur de nos deux Républiques.

 

 

 

Par Monsieur Hamada Madi Boléro 

Ancien Directeur de Cabinet du Président Ikililou Dhoinine 

Ancien Chef de la délégation comorienne au Haut Conseil Paritaire France-Comores

 


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