Cela fait plus de 1000 jours que l’ancien Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi croupit en prison sans jugement. Une détention qui fait polémique de part et d’autre car jugée illégale par une partie de l’opinion. Son avocat laisse entendre que la justice ne cherche pas à connaitre ce qui s’est réellement passé dans le programme de la citoyenneté économique et que la seule volonté était d’emprisonner l’homme au turban.
Plus de 1000 jours de détention « illégale » pour l’ancien Président Ahmed Abdallah Sambi. Le temps passe et l’homme vit coupé du monde, dans sa résidence de Voidjou. Même l’avocat en charge du dossier confirme ne pas être en mesure de dire quoi que ce soit sur son évolution. « Ce dossier est au point mort » confie maitre Ahamada Mahamoudou dans un entretien réalisé à distance. Il nous confie qu’il ne saurait nous dire ce qu’il en est du dossier de la citoyenneté économique mais rappelle que « au tout début de l’année 2020, le juge d’instruction avait rendu une ordonnance de soit communiqué dans laquelle il avait laissé entendre que son instruction était terminée et qu’il envoie le dossier au parquet pour ses réquisitions », chose qui n’a jamais été faite à ce jour.
Un an après et ce malgré l’ordonnance du juge d’instruction autorisant l’évacuation sanitaire, Ahmed Abdallah Sambi reste toujours écroué dans son domicile de Voidjou transformé en prison annexe. Pour son évacuation qui n’a jamais eu lieu, la famille de l’ancien président avait pris toutes les dispositions selon toujours son avocat. Maitre Mahamoudou informe précise que « c’est à la dernière minute que la famille a été informée du report du voyage au motif qu’il y ait certaines choses à mettre au point. Depuis cette date à ce jour, cette décision pourtant exécutoire n’a jamais été mise à exécution ». « De mon côté, je suis mal placé pour vous donner plus d’explications sur le pourquoi et le comment de l’inexécution de cette ordonnance », dit-il.
Pour rappel, l’ancien Raïs Ahmed Sambi est détenu depuis le mois de mai 2018. Après son retour de l’étranger, il a fait une prise de parole en public pour annoncer son hostilité à la réforme constitutionnelle initiée par Azali Assoumani, élu en 2016 grâce à l’implication de Sambi. Placé d’abord en résidence surveillée par une simple note du ministère de l’intérieur pour troubles à l’ordre public, il sera placé trois mois après en mandat de dépôt dans le cadre de l’enquête sur l’affaire de la citoyenneté économique. Son avocat a, à plusieurs reprises, demandé sa mise en liberté provisoire, en vain. Interrogé sur la gestion du dossier pour sa part, Me Ahamada Mahamoudou affirme qu’il agit en commun accord avec son client et qu’ils se conviennent « de l’opportunité ou non d’engager des actions ou d’introduire des demandes ».
« Je tiens à rappeler que la saisine de la Cour Suprême reste un processus plus ou moins long puisque lié à l’accomplissement de procédures antérieures allant de l’introduction de la demande […] en passant par une audience devant la chambre d’accusation avant la formulation du pourvoi », dit-il avant d’affirmer laisser le soin à tout un chacun pour qu’il fasse son appréciation. L’ancien candidat à la présidentielle anticipée de 2019 non moins avocat de l’ancien Chef de l’Etat laisse entendre que « le dossier de Sambi n’étant pas un dossier comme les autres, son traitement voire son suivi n’a jamais obéi aux règles communes de nôtre code de procédure pénale ». Et toujours selon lui, l’accusé de saisir la Cour Suprême « très tardivement » lui semble « inapproprié ».
L’opinion considère ce dossier comme étant plus politique que judiciaire. Une considération que l’avocat n’omet pas de rappeler dans toutes ces interventions. « Juridiquement parlant et sauf erreur de ma part, la justice comorienne n’a pas à ce jour pu réunir des éléments à charge contre le président Sambi », affirme-t-il. Maitre Mahamoudou remet en cause la sincérité de Dhoihir Dhoulkamal rappelant en effet que l’ancien parlementaire fait aujourd’hui l’objet d’une plainte à l’île de La Réunion pour escroquerie aux prestations sociales. « Dhoulkamal reste une personne dont sa parole est sujet à caution et que personne ne peut avoir confiance en lui. Donc aucun crédit ne peut être accordé à son fameux rapport », soutient-il. Sans vouloir interférer dans le dossier, l’avocat de Sambi estime qu’avec du recul « on comprend très bien que la justice ne cherche pas à connaitre ce qui s’est réellement passé dans le programme de la citoyenneté économique. On cherchait à tout prix à emprisonner Sambi, cela avait été fait. Basta ! », conclut-il.
A.O Yazid
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