La Gazette

des Comores

Citoyenneté économique (Interview) Dhoulkamal : « Ce projet aurait pu être une aubaine (...) »

Citoyenneté économique (Interview) Dhoulkamal : « Ce projet aurait pu être une aubaine (...) » © : HZK-LGDC

Au moment où les enquêteurs sont en passe de boucler les auditions préliminaires sur l’affaire de la citoyenneté économique, l'initiateur de l'enquête parlementaire, le vice-président de l'assemblée nationale Dhoihir Dhoulkamal se livre à nos questions.


Question : Comment jugez-vous les évolutions de l’enquête judiciaire à la suite du dépôt de votre rapport ?

 

Dhoihir Dhoulkamal : Je ne veux pas interférer évidemment sur l’enquête en cours. Tout ce que je sais c’est qu’il faut un certain courage pour se lancer dans une enquête comme celle-là compte tenu des implications politiques, et donc je salue toutes les forces qui concourent à la manifestation de la vérité. En revanche, il est de notoriété publique que des leaders politiques de l’opposition appellent les citoyens à braver l’autorité de l’État, à manifester malgré les interdictions. Les altercations que l’on peut observer ces derniers temps, sont un signe annonciateur inquiétant de désordre public auquel il convient de mettre fin. A mon humble avis, seule une enquête et un jugement rapides mais non bâclés, permettront à court terme de mettre fin à cet état de fait préjudiciable à l’ordre public et à la concorde sociale.

 

Question : Aujourd’hui, compte tenu des remous politiques que votre rapport a entraîné, si c’était à refaire vous le referiez de la même manière ?

 

D.D. : Tout d’abord il faut se rappeler que l’enquête parlementaire sur les fonds issus de la citoyenneté économique est une recommandation des partis politiques et de la société civile. Ensuite il faudrait rappeler aussi qu’au delà des remous politiques que vous évoquez, la plupart des responsables politiques du pays sont d’accord pour dire que si les fonds issus de ce programme avaient été gérés par nos dirigeants avec une volonté réelle de contribuer au développement du pays alors ce programme aurait été indéniablement une opportunité exceptionnelle pour notre pays (...). Donc compte tenu de la gravité des actes constatés et des occasions manquées dont la responsabilité incombe à nos dirigeants, alors oui je referais le travail avec la même détermination et j’irais jusqu’au bout à nouveau avec la conviction de faire mon travail pour le bien de la démocratie et des enfants de ce pays.

 

Question : Donc on peut considérer que ce projet est une aubaine pour notre pays ?

 

D.D. : Avec toutes les précautions d’usage qui s’imposent, ce projet aurait pu être quand même une sacrée aubaine pour notre pays. En termes de relations à long terme, un partenariat stratégique aurait pu être tissé avec nos partenaires du Golfe. En termes de revenus, le budget de l’État aurait connu une augmentation de recettes considérable si les fonds avaient été bien gérés. En termes d’investissements extérieurs, cela aurait pu drainer un vrai vivier d’investisseurs potentiels. Ce sont ces aspects positifs du programme de la citoyenneté économique qui n’ont pas été suffisamment mis en avant dans le rapport et qui mériteraient d’être soulignés et rappelés si besoin était.

 

Question : Avez-vous un conseil plus précis à leur donner ?

 

D.D. : Oui. Ne perdons pas de vue l’objectif de la relation stratégique avec nos partenaires et amis du Golfe.

 

Question : Pour vous, comment faudrait-il gérer les fonds issus de ce programme ?

 

D.D. : Il faudrait plutôt dire : Comment aurait-il fallu ? En effet ce que les comoriens doivent savoir c’est qu’il n’y a plus d’argent versé aujourd’hui en lien avec ce programme. Tout l’argent de la citoyenneté a été versé sous les régimes de Messieurs Sambi et Ikililou. Aujourd’hui les seuls passeports délivrés ne sont que des renouvellements parce que nous sommes liés aux effets produits par des actes posés au nom de l’État. Les Comores procèdent donc à ces renouvellements en vertu des engagements contractuels signés. Toutefois si on pouvait faire marche arrière et revenir au moment de la conclusion des accords et de la gestion des fonds, j’aurais préconisé la création d’un fonds spécifique géré comme un fonds d’investissement par des spécialistes de l’investissement. D'ailleurs, nous pourrions même aller plus loin et inclure ce fonds d’investissement dans la loi de finances annuelle. Ainsi il y aurait une transparence totale vis à vis de l'utilisation de ces fonds.

 

Question : Ne pensez vous pas qu’à terme, ce programme peut ternir l’image des Comores ?

 

D.D. : C’est au Président de la République de tirer les conséquences du rapport. Le rapport a fait des recommandations allant dans le sens d’une éventuelle poursuite du programme. En ce qui me concerne, si vous me demandez s’il faudrait abroger la loi de la citoyenneté pour des questions d’image et de réputation, sachez que j’ai été le promoteur de la loi d’abrogation en raison du désordre qui prévalait. Mais ma motivation n’était pas liée à une simple question de réputation dans la mesure où des pays comme Malte ou Chypre ont aussi des programmes de citoyenneté qui leur ouvrent pourtant les portes de l’Europe. En revanche, il est vrai aussi que les aspects sécuritaires vis à vis de nous et des tiers présentent des risques certains, les ignorer serait une faute grave. Donc il faudrait très certainement, si l’État optait pour la continuation du programme, revoir les aspects sécuritaires en renforçant les contrôles et critères d’admissibilité, en augmentant les vérifications conjointes avec nos partenaires classiques et les pays partenaires candidats si ce programme devait perdurer. Il faut reconnaître que nos dirigeants ont failli et que nos partenaires de bonne foi on fait de leur mieux face à un État qui a délibérément démissionné au profit d’intermédiaires sans scrupules qui sont maintenant défavorablement connus aux Comores. Enfin il faut savoir que nos partenaires du Golfe ont toujours été très prudents tout au long du processus et qu’ils ne vont pas refuser une augmentation des contrôles et de la sécurité.

 

Question : Que pensez-vous de la mise en résidence surveillée de Sambi ?

 

D.D. : Je pense qu’il faut laisser la justice faire son travail. On ne peut pas réclamer une justice indépendante et vouloir continuellement intervenir dans les décisions judiciaires. Aujourd’hui c’est quand même un message fort adressé au peuple et en particulier à tous les hommes et les femmes politiques de notre pays : personne n’est au dessus des lois. Aussi, nous devrons tous répondre de nos actes posés au nom et pour le compte de l’État dans le cadre des responsabilités que les comoriens nous ont confiées ; devant nos concitoyens et devant la justice quand c’est nécessaire. Enfin comme je l’ai rappelé et afin de mettre fin aux polémiques, seule une enquête et une justice rapide mais non bâclée, conformément aux dispositions du Code de Procédure Pénale sont des garanties pour l’État de Droit. Il ne faut pas oublier que le Juge est réputé être le gardien des libertés. A partir du moment où les ordonnances rendues par un juge d’instruction sont motivées, elles sont moins sujettes à contestation contrairement à une décision prise par une autorité administrative.

 

Propos recueillis par Maoulida Mbaé

 


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