Alors que les principaux partis de l’opposition boycottent le dialogue inter-comorien devant démarrer fin février, le conseiller spécial du chef de l’État Ahmed Ali Amir regrette cette politique de la chaise vide alors qu’ « aucune thématique n’est proscrite du dialogue ». « Au contraire, le président a fait appel aux propositions des sujets que l’opposition juge pertinents pour élargir et enrichir la base des discussions ». Au sujet du fond d’appui aux médias prévu dans le nouveau code de l’information promulgué la semaine dernière par le chef de l’État, le surnommé AAA (lire : triple A) qui est également le coordinateur de la communication de Beit-Salam, propose que ce fonds serve aussi à « financer les grands projets d’enquête d’investigation dont les organes ne parviennent pas à supporter les coûts ».
Question : Lors de sa conférence de presse la semaine dernière, le président de la République a annoncé que des négociations sont engagées pour maintenir Maersk qui a annoncé son départ des Comores. Où en sont lesdites négociations ?
Ahmed Ali Amir : Il est vrai que Maesrsk, première compagnie maritime et grand armateur de porte-conteneurs du monde, quitte les Comores. Le président a mis en place une commission pour comprendre les motivations profondes et voir éventuellement si des corrections sont possibles. Mais cette situation doit également nous interpeller. Un archipel ne peut être assujetti aux caprices d’acteurs étrangers dans le domaine maritime. Avec le Covid nous avons eu déjà des difficultés à assurer le ravitaillement en produits de première nécessité et les exportations de nos produits de rente. Cette situation devrait en principe relancer l’idée de la création d’une compagnie maritime régionale et empêcher ainsi d’être prisonnier d’une situation de monopole, comme cela se profile déjà à l’horizon avec le remplaçant de Maersk. Pour pallier à l’urgence le gouvernement est en passe de se procurer un bateau pour rapatrier les conteneurs en souffrance dans les ports de la région.
Question : Ce premier armateur subirait un acharnement judiciaire entre autres raisons qui ont motivé sa décision. Y’a-t-il eu ouverture d’enquête pour essayer de déterminer si les interminables charges qui lui sont attribuées par la justice sont justifiées ou non ?
AAA : Si j’ai bonne mémoire, le Président de l’Union des Chambres de commerce, Chamsoudine Ahmed, avait lancé l’alerte, sur le risque de voir la compagnie se retirer des Comores, au regard des décisions de justice qui ne tiennent pas compte des règles régissant le fret maritime. Également Mme Sitti Djaouharia Chihabiddine la présidente de l'organisation patronale Nouvelle Opaco, avait aussi élevé à maintes reprises la voix sur les ordonnances de référé qui autorisent le dédouanement des conteneurs au détriment des lettres de transport maritime. Chaque acte que nous posons, à n’importe quel niveau de responsabilité entraîne des conséquences. Juste et responsable, nous en tirerons les bénéfices, grave et abusif, nous en subirons un jour ou l’autre les enchaînements néfastes.
Question : La crise énergétique signe son retour malgré les gros moyens déployés pour y mettre fin. Est-ce que la présidence est sûre et certaine que ces moyens sont à juste titre utilisés à bon escient ?
AAA : Utilisés à bon escient, je n’en sais rien. Je sais que la question de l’énergie est une préoccupation permanente et majeure du chef de l’Etat et il n’a jamais hésité à mobiliser les moyens propres pour mettre fin à la crise énergétique. Le président a autorisé la société « Innovent » à construire après Foumbouni, d’autres centres d’énergie solaire sous financement cette foi-ci des Emirats Arabes Unis, pour pallier définitivement au déficit énergétique et disposer aussi d’une énergie propre. Le projet d’énergie géothermique est en passe de finalisation, le financement total du projet est bouclé.
Question : Le nouveau code de l’information prévoit des subventions pour les médias privés. Quelles seront les critères d’éligibilité ?
AAA : Je pense que l’idée première d’instituer un fonds d’appui média, proposé lors des états généraux de la presse et retenu par le gouvernement est de garantir l'accessibilité de tous à une information diverse et plurielle de qualité. Ce fonds servira aussi de créer les conditions à l'exécution des missions de service public des entreprises de presse privées. Le président a souligné dans son message de vœux, que l’Etat accorde plus de 700 millions de nos francs aux médias d’Etat et aucun rond aux médias indépendants. Il a jugé opportun d'apporter à travers ce fonds une aide publique à la presse privée afin d'en assurer sa survie.
Il s’agira à mon avis, d’accompagner la modernisation des infrastructures et équipements et financer les activités qui cadrent avec les objectifs qui fixent le code de l’information. Soit l’Etat mettra en place des organes d'administration et de gestion de ce fonds, ou confiera l’administration au conseil national de la presse et de l’audiovisuel. Bien sûr, la sélection des projets à financer annuellement sera pilotée par l’organe de gestion qui sera désigné, il conviendra à mon avis, de penser aussi à financer les grands projets d’enquête d’investigation dont les organes ne parviennent pas à supporter les coûts.
Question : Sur le même sujet, le nouveau code de l’information est vidé des dispositions qui offraient une protection statutaire aux journalistes au lieu de les renforcer. Qu’en dites-vous, vous qui êtes censé être le défenseur des médias de par votre backround professionnel et votre positionnement à Beit-Salam ?
AAA : A ma connaissance, cette loi a connu un long processus. Elle a été examinée par les organisations de la profession et le Cnpa. Elle a été soumise en l’état par le gouvernement au parlement. Il s’est ensuivi un débat avec les parlementaires et les responsables des médias et les journalistes, conviés par la commission parlementaire pour enrichir le texte. Je vous retourne la question, pourquoi le sujet de la protection des journalistes vous a-t-il échappé ?
Question : Est-il normal dans une démocratie digne, que les Renseignements gèrent un média ?
AAA : Un média répond à des critères définis par la loi. Je ne pense pas que les Renseignements gèrent un média. Ils font de la communication et ils en assument la responsabilité.
Question : Il se dit que l’ancien vice-président Ahmed Djaffar a reçu une somme équivalente à la totalité de ce qu’il aurait pu gagner comme salaire s’il était resté vice-président jusqu’au 26 mai 2021. Vous confirmez ?
AAA : Je ne sais pas d’où vous tenez cette information. Votre imagination est débordante en la matière. Prendra-t-il part ou non au dialogue ?
Question : La présidence ne l’a pas approché à cet effet ?
AAA : Le dialogue est ouvert à tous les acteurs. La présidence de la république ne dirige pas les négociations et ne fixe pas les règles. Un médiateur a été nommé et c’est lui et lui seul qui dirige les discussions et fixe son agenda.
Question : Un dialogue sans les principaux partis de l’opposition se profile ? Un remake des assises en vaut-il la peine ?
AAA : Le président invite la classe politique dans un but précis, celui de parachever la mise en place des Institutions. Les sujets d’intérêt national touchent la mise en œuvre de toutes les dispositions de la Constitution de 2018, la révision du découpage électoral, la mise en application de la loi sur les partis politiques, le rôle de l’opposition dans la gestion du pays, la reforme de la CENI et les échéances électorales de 2024. Dans sa lettre d’invitation, aucune thématique n’est proscrite du dialogue, mais au contraire, le président a fait appel aux propositions des sujets que l’opposition juge pertinents pour élargir et enrichir la base des discussions. Je note que l’Onu, l’Union africaine, et les partenaires des Comores exhortent les partis au dialogue. Il n’existe dans aucune contrée au monde, des forces qui se refusent au dialogue. Même après les conflits les plus meurtriers, les acteurs s’accordent une pause et s’ouvrent aux discussions. En refusant de s’ouvrir aux échanges, on fait un aveu d’échec terrible. Soit on n’a pas un bilan à défendre, soit on n’a pas un projet à proposer et on se refugie naturellement dans l’invective et l’insulte.
Question : 3 ans après votre nomination, vous avez été incapable de tenir cette promesse qui consistait à organiser les états généraux de la presse. Aveu d’échec ?
AAA : Exact. Aveu d’échec dans le sens où l’assise n’a pas eu lieu. Je précise par contre que les états généraux avaient entre autres objectifs de modifier la loi et de mettre en place le fonds d’appui média. Nous y sommes parvenus. Poser des actes est essentiel.
Question : Où en est votre autre projet, celui de créer une agence de presse ? Sera-t-elle comme les médias publics assujettis au pouvoir ?
AAA : Assujettis au pouvoir ? Je ne vois pas une grande différence entre La Gazette des Comores et le journal Al-watwan et je ne pense pas pour autant que vous êtes assujettis au pouvoir. Par contre, l’idée d’une agence de presse me tient à cœur. Les journaux, ont besoin d’être partout et de traiter des sujets variés et ils n’ont pas toujours les moyens de le faire. L’agence, financée par l’Etat sera au cœur de l’actualité et permettra aux médias de relayer toutes sortes d’information, en temps réel, dans le strict respect des règles d’éthique et de déontologie qui régissent la profession.
Propos recueillis par Andjouza Abouheir
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