Alors que la coalition de l’opposition est hostile au dialogue national si tant est que le chef de l’État ne voudrait pas accéder à ses préalables, Azali Assoumani, lui, a laissé entendre qu’avec ou sans elle (la coalition de l’opposition), le dialogue aura bel et bien lieu à partir de fin février.
Le ton est donné. Les principaux partis de l’opposition peuvent continuer à tirer à boulets rouges sur le processus du dialogue national et à poser des préalables, mais le rendez-vous du 28 février aura bel et bien lieu. C’est en tout cas ce qu’on peut déduire de la réaction du chef de l’État, interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse précédée des vœux du nouvel an aux médias, hier à Beit-Salam. En effet, Azali Assoumani ne laisse planer aucun doute quant à la tenue du dialogue inter-comorien auquel la coalition de l’opposition menace de ne pas prendre part si les préalables qu’elle a posés ne sont pas traités favorablement. Les principaux opposants au régime demandent entre autres le procès des prisonniers politiques à la tête desquels l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi et le gouverneur déchu d’Anjouan Abdou Salami Abdou.
Seulement, ils prêchent dans le désert puisque le chef de l’État a montré lors de la conférence sa désapprobation face à leur stratégie. « Poser des préalables ne me parait pas être l’approche la mieux indiquée. Il faut venir au dialogue et poser les problèmes comme il n’y aura pas de sujet tabou », a-t-il avancé dans un ton délibérément posé, comme pour montrer sa volonté de réunir tout le monde autour de la même table. Mais si ce souhait n’était pas réalisable, Azali qui appelle de ses vœux à la mise en place d’une structure « permanente » de dialogue, n’annulerait pas pour autant le rendez-vous de fin février. « Si on dit que je n’ai pas le monopole du pouvoir, qui a le monopole de l’opposition ? ». C’est explicite. D’autres opposants peu orthodoxes ou pas, c’est selon, et il y en a à foison, suivront la procession. Et pas qu’eux. La société civile aussi, selon en tout cas les propos du chef de l’État qui a annoncé au passage la prochaine visite à Moroni de son homologue sénégalais, Macky Sall, en amont du dialogue.
Autre sujet abordé lors de cette conférence, la vie chère. Le prix des produits de première nécessité ne cesse de monter en flèche malgré les prix homologués par l’autorité publique. Pour le chef de l’État qui se dit « bien conscient » de cette situation, son gouvernement, notamment son ministre de l’agriculture doit « mettre l’accent sur la production locale » en vue de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Mais en attendant, pour faire respecter les prix des produits de première nécessité, Azali Assoumani appelle à la responsabilité individuelle en dénonçant auprès des autorités compétentes les commerçants indélicats. « Nous n’avons pas les moyens de déployer la police dans chaque coin du pays pour veiller au respect des prix. A Moroni, Fomboni et Mutsamudu on peut le faire. Mais ailleurs, nous n’avons pas les moyens ». Au sujet du départ de l’armateur Maersk, le chef de l’État a fait savoir qu’il a donné des instructions à son ministre de transport maritime pour engager des négociations pour que le plus grand armateur de porte-conteneur du monde ne mette pas le voile. « S’il ne reste pas, nous allons négocier comment travailler ensemble depuis un des ports des pays voisins », a-t-il indiqué, non sans amertume.
S’invite ensuite l’affaire dite de 50 kilos de lingots d’or saisis à l’aéroport de Hahaya le 28 décembre par la gendarmerie. Laquelle affaire a conduit dix personnes en prison, dont deux Malgaches « extradés » depuis la semaine dernière. Parmi les personnes impliquées, Yasser Assoumani directeur général des aéroports des Comores. Ce proche d’Azali qui avait le privilège de se rendre à la résidence présidentielle « sans prévenir », est perçu par les enquêteurs comme le « patron incontestable et incontesté ». Le chef de l’État trouve « triste » son implication dans cette histoire de trafic qui a révélé à quel point nos frontières sont devenues poreuses par le fait de ceux-là mêmes qui étaient censés les protéger. « Azali n’est pas déçu, il est meurtri », assure un proche après la conférence. Quant à l’autre sujet brulant relatif aux procès des personnes poursuivies par la Cour de sureté de l’État en général, et l’affaire Sambi en particulier, Azali Assoumani a annoncé à la presse en avoir discuté lundi avec le président de la Cour suprême, auprès de qui il a émis ses souhaits de voir les procès démarrer « avant ou après » le ramadan. Au sujet des relations avec le Qatar rompues depuis juin 2017, le locataire de Beit-Salam a révélé que des tractations sont en cours pour leur rétablissement. Pour ce qui est de la lutte contre la pédocriminalité, il a dit avoir donné « des instructions fermes » aussi bien à la police judiciaire qu’aux magistrats. Il estime par ailleurs que l’éducation reste la meilleure arme pour éradiquer ce fléau. La surprise du chef, du moins aux yeux des journalistes, est l’annonce sur la promulgation hier-même, en amont de la conférence, de la loi portant code de l’information. Elle était adoptée par les députés depuis le mois de juin 2021.
Andjouza Abouheir
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