Le chef de l’État Azali Assoumani a annoncé à l’occasion du nouvel an musulman avoir obtenu l’« accompagnement » de l’Union Africaine dans le processus du dialogue national qu’il appelle de ses vœux. Une nouvelle qualifiée de « non-évènement » par le porte-parole de l’opposition Abdourazak Razida. Ce dernier craint en effet qu’autour de la table Azali ne se retrouve seul face à lui-même.
Le processus pour le dialogue national fait son petit bonhomme de chemin. C’est en tout cas l’impression que donne le chef de l’État Azali Assoumani qui, à l’occasion de la cérémonie officielle marquant le nouvel an musulman 1443, le 9 aout dernier à la place de l’indépendance, a annoncé avoir obtenu l’« accompagnement » de l’Union Africaine pour le dialogue national, lors d’un transit à Addis-Abeba où il a échangé avec Monsieur paix et sécurité de l’organisation continentale. « Le processus que nous entamons pour préparer les prochaines échéances politiques de 2024 et de 2025ne doit souffrir d’aucune ambiguïtépour que son déroulement et son aboutissement, soient une fierté pour notre pays », devait-il soutenir lors de son allocution, comme pour jeter les bases du dialogue.
L’objectif, et c’est le cas de le dire, constitue la pierre d’achoppement entre pouvoir qui se projette, déjà, en 2024, et opposition qui campe sur sa position de vouloir faire remettre à Anjouan ce qui appartient à Anjouan, à savoir la Tournante 2021 conformément à l’ancienne Constitution de 2001 révisée en 2009, comme les opposants refusent de reconnaitre la Constitution issue du referendum de juillet 2018. Il faut par ailleurs souligner qu’avant l’hypothétique dialogue, l’opposition pose des préalables : la libération des prisonniers politiques, le retour des opposants en exil et la liberté de manifester.
La caution de l’Union Africaine et la « sincérité » affichée du chef de l’État ne font pas changer d’avis à une opposition qui estime avoir beau être menée en bateau. « Le problème c’est la personne elle-même », s’emporte le porte-parole de l’opposition Abdourazak Razida, parlant d’Azali Assoumani dont il qualifie le discours de « non-évènement ». « Nous ne considérons pas qu’Azali est le président légal des Comores. Nous, nous ne parlons pas de 2024. Nous sommes plutôt pour le rattrapage du tour d’Anjouan quoiqu’avec le retard qu’on connait déjà. Pour être réaliste, début 2022 on peut organiser ces élections. Et si pour lui ce n’est pas jouable, eh bien ! je suis navré mais dans ce cas il doit dialoguer avec sa Mouvance présidentielle et nous laisser tranquilles ».
Pour rappel, l’UA avait dépêché en 2018 une mission aux Comores pour essayer de dissuader le chef de l’État de poursuivre le processus du changement constitutionnel, tant les enjeux étaient considérables. La mission est repartie bredouille. La même délégation est revenue à Moroni en amont des élections anticipées de mars 2019, cette fois à la demande de la partie comorienne pour, entres autres objets, convaincre l’opposition à participer aux élections et jeter les bases d’un scrutin libre, transparent et démocratique. Si effectivement les opposants étaient en lice, le régime s’est en revanche arrangé pour faire passer ses candidats à la présidence de l’Union et aux trois gouvernorats des îles. Beaucoup d’observateurs, y compris l’UA ont estimé que les résultats proclamés par la Commission électorale ne reflétaient pas la volonté populaire.
D’aucuns estiment que le fait que le chef de l’État Azali Assoumani ait été reçu non par le président de la Commission « comme il se doit », mais par le Commissaire à la paix et à la sécurité traduirait « le climat de défiance qu’il y a » entre l’UA et le gouvernement comorien. « Il y a plusieurs sens dans cette rencontre. Au-delà de l’observation que je viens de faire, on constate aussi que l’UA cherchait à avoir la parole du président lui-même car, vous conviendrez avec moi, elle n’a pas la même portée politique que si c’était son ministre des affaires étrangères. Maintenant la garantie est là. Pour le reste, l’avenir nous le dira », analyse un ancien diplomate.
Andjouza Abouheir
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