Tout le monde s’accorde à dire que ce n’est pas la pire des provocations verbales de la part des autorités françaises, toutes tendances confondues, depuis plus de cinquante ans, dans le contexte de l’occupation de l’île comorienne de Mayotte. Mais la dernière sortie du premier ministre français, et la symbolique de l’endroit choisi pour conditionner l’aide au développement semble avoir remporté la palme de l’indécence diplomatique.
Tout est parti de cette malheureuse phrase, prononcée à la base navale de Dzaoudzi par le premier ministre de la France, sur le conditionnement de l’aide publique au développement de à l’endroit de six pays africains dont les Comores. « On va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus c’est-à-dire la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires, la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière.» Une position jugée, condescendante par le chef de la diplomatie comorienne, Mbae Mohamed. « Les propos tenus par M. Lecornu, sur la fameuse aide au développement, revêtent une condescendance insupportable. » Et ce dernier au nom du gouvernement comorien d’exprimer son indignation tout en mettant la France face à ses échecs. « L’île comorienne de Mayotte, fortement secouée par le cyclone Chido, en décembre 2024, a besoin de reconstruction, pour répondre à ses vraies préoccupations, notamment dans ses infrastructures vitales, avec les 4 milliards d’euros, annoncés par les Autorités françaises, depuis déjà 2 ans.»
Au-delà de l’indignation, le ministère s’est-il aussi interrogé sur la portée de la déclaration du chef du gouvernement français. « Aussi, dans un contexte international et régional en recomposition, le Gouvernement comorien s’interroge sur le bon sens de la déclaration du Premier Ministre français. » Même son de cloche du côté du Secrétaire Général du Gouvernement. « Il aurait été opportun que la France, tenant compte des relations apaisées qu’elle entretient avec l’Union des Comores, prenne en considération les mutations profondes en cours en Afrique et dans l’océan Indien pour repenser sa politique dans notre région. » Et le coordinateur de l’action gouvernementale de conclure par en mettant en avant la fierté du peuple comorien « Le peuple comorien, fier de son identité et de son histoire, ne renoncera jamais ni à sa souveraineté nationale ni à l’intégrité de son territoire. »
La plus incisive des déclarations reste tout de même celle du Conseiller spécial du chef de l’Etat, Houmed Msaidie qui s’est exprimé sur X. « L’aide au développement des anciens colonisateurs n’est pas une aumône, ni un geste de solidarité ou d’humanité. Elle constitue, au mieux, une réparation encore partielle des crimes, des spoliations et des déséquilibres durables causés par la colonisation. Alors de grâce M. Lecornu ! ». Ce qui est sûr, la déclaration du premier ministre français traduit une conception essentiellement paternaliste de la diplomatie française, qui ne tiendrait plus en compte les nouveaux paradigmes des relations internationales. Réduire les relations diplomatiques entre États souverains à un simple octroi de bonus-malus et à la fois méprisante, et révélatrice d’une diplomatie française qui est resté toujours dans la décennie 90, quand l’aide publique au développement faisait la pluie et le beau temps en Afrique, oubliant que la diplomatie contemporaine évolue vers davantage de partenariats, de réciprocité et de responsabilité partagée. La coopération internationale ne saurait donc se résumer à la capacité d’un État à accepter des expulsés ou des laissez-passer, surtout venant d’une ancienne puissance coloniale en ce 21ème siècle.
Imtiyaz
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