Dans le cadre du lancement d'un livre « Tsi shindi, Ngamdjo shinda », dédié à 12 femmes au parcours atypique, une initiative du commissariat au genre avec le soutien de l'ECES. La Gazette s'entretient avec neuf d'entre eux. Au tour de Zaharia Said Ahmed de répondre à nos questions.
Vous êtes une femme engagée sur le front politique et sur la société civile. Quel regard portez-vous sur la situation de la femme comorienne en général ?
Zaharia Said Ahmed : Premièrement, c'est de remercier certaines femmes qui militent pour que la femme puisse avoir les mêmes droits que les hommes dans le but de participer dans la construction de notre pays. La femme ne peut pas être spectateur du développement de son pays. Elle a droit de participer à tous les niveaux. Celant étant, je reconnais que la femme à peu d'outils et pourtant elle a aussi son mot à dire tout comme les hommes. Je demanderai au gouvernement et toutes les parties prenantes qu'ils s'investissent pour soutenir la femme à devenir une dirigeante performante.
Pourquoi la femme peine à percer dans les milieux politiques ?
Z.A.S : Il y a plusieurs raisons, notamment le fait qu'on ne partage pas les charges de nos foyers soit avec nos maris, nos frères ou nos pères. Ce qui fait qu'on est une proie facile. Nous vivons politiquement et constamment sous un chantage, comme quoi, si on ne suit pas le mari et le frère, il me privera des vivres. Il y a d'autres contraintes qui font que la femme est confrontée à plusieurs obstacles. Notamment les lois, les comportements, les stéréotypes et les discriminations. Ceux-ci constituent un frein qui empêche la femme de militer d'une manière effective dans la politique. Mais avec le temps, la femme commence à trouver sa place. Il y a aussi le manque de confiance en soi. Moi j'adhère au concept de la discrimination positive. Discrimination est une discrimination. Elle ne pouvait pas être positive. Autre fait, il y a peu de femmes qui militent par crainte de je ne sais pas quoi. J'espère que le courage de certaines femmes qui se sont déjà intégrées, constituera un déclic pour les autres.
Vous étiez candidate aux élections présidentielles de 2010. Que vous inspire cette expérience ?
Z.A.S : Pour être candidat, cela est arrivé naturellement. Au lycée, j'avais un professeur de sport. Elle m'inspirait déjà dans mon parcours. Déjà à la maison de retour du lycée, j'ai raconté souvent à ma famille sa constitution, son air d'un garçon manqué. Elle était bien bâtie et gentille. Je disais souvent à mon père, il faut que je la ressemble. D'un autre coté, mon père est un commissaire de police. Je me grillais d'impatience avant qu'il rentre, pour que je puisse lui subtiliser son kaki. Je voulais tellement lui ressembler. Très tôt, j'ai aussi manifesté mon ambition de vouloir devenir une basketteuse. Mon père m’encourageait. Il m'achetait les vêtements de sport, les ballons de basket. Il m'emmenait même au stade. Quand, j'ai obtenu mon Bac, je me suis dit pourquoi ne pas faire des études universitaires dans l'éducation physique et sportive. Diplômée en la matière, je suis revenue l'enseigner. Vous imaginez en ce temps là, les regards que j'ai confrontés, une femme qui enseigne le sport. Au fur et à mesure, les gens ont commencé à comprendre que c'est une matière comme tant d'autres. Cela étant, je me suis posé la question, pourquoi je ne pourrais pas être moi aussi chef de l'État, à partir du moment où, j'ai enseigné le président, le ministre, le médecin, le mécanicien, des pilotes et des colonels. C'est de là qu’est venue mon ambition de me porter candidate. Pour montrer que la femme peut être aussi tout cela. L’expérience était enrichissante. J'étais battue mais pas abattue. Il faut persévérer. Je suis convaincue que nous réussirons et relèverons le défi.
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.
