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des Comores

Interview / Mohamed Issimaila : « le président met en jeu son mandat »

Interview / Mohamed Issimaila : « le président met en jeu son mandat » © : HZK-LGDC

Mohamed Issimaila Conseiller diplomatique du président de la République s'est livré aux questions de La Gazette/Hzk-presse. Dans une large interview l'ancien ministre de l'éducation est intervenu sur les sujets brûlants de l'actualité nationale. Interview.


Question : Le chef de l’Etat a engagé un processus de referendum constitutionnel où en est-on ?

 

Mohamed Issimaila : Le collège électoral a été convoqué, tout le monde le sait. Une date est fixée et nous attendons que le texte soit à la portée de tout le monde. Il le sera pour bientôt. Et on aura une campagne d’un mois. Il y a quelque chose qu'il faudra préciser par rapport à ce referendum. Il faut d'abord savoir un referendum pourquoi. Montrer son bien fondé. Si l'on est honnête avec soi-même. Tout le monde s'accordait à dire que la constitution et les institutions qui en émanent n'étaient pas susceptibles de porter un développement durable. Tout le monde s'accorde à dire qu'il fallait changer un certain nombre de dispositions de notre constitution. C'est l’avis de tout le monde. Maintenant pour des raisons politiques, il y a ceux qui sont d'accord avec le chef de l'État qu'il faut reformer la constitution. Ceux-là ont participé aux assises nationales auxquelles tout le monde était invité.

 

Question : Justement le retard pris pour la publication du texte devant être soumis au referendum renforce la crainte de l'opposition sur un supposé agenda caché du président de la République ?

 

M.I. : On cache quoi et on le cache à qui ? Un referendum c'est le peuple qui va s'exprimer sur des propositions faites. Comment peut-on cacher des textes qui seront soumis au jugement du peuple comorien.

 

Question : L'opposition soupçonne le chef de l'État des velléités de vouloir changer la constitution pour se maintenir au pouvoir ?

 

M.I. :S’éterniser au pouvoir ? Il avait une autre façon de le faire. Si le oui l’emporte, il va démissionner. Et s'il démissionne des élections présidentielles seront organisées auxquelles tout le monde peut être candidat quand on remplit les conditions. Ailleurs, on ne démissionne pas si on veut s'éterniser au pouvoir. Mais on si on démissionne et qu'on permet à tout un chacun d'être candidat à ces élections qu’est-ce qui dit qu'il va gagner ? Il met en jeu son mandat. Mais si le non l'emporte, il finira les trois ans qui lui restent. Moi je crois que la reforme de cette constitution permettrait d'asseoir une base institutionnelle solide pour porter un développement durable.

 

Question : Vu les dossiers judiciaires encours surtout contre ses principaux adversaires, le président Azali n'aura en face de lui aucun opposant sérieux ?

 

M.I. : Cela n'a rien à avoir avec le referendum. Si vous dites qu'il y a des dossiers qui sont ouverts et qu'il y a des leaders politiques qui auraient été impliqués. Ce n'est pas parce qu'ils ont été entendus, qu'ils sont coupables. Parce qu'il y a la présomption d’innocence. Et si les juges disent qu'ils sont relaxés, rien ne les empêche de se présenter. Ce que je sais, c'est au juge de se prononcer dans ce cadre et non le gouvernement. Mais où est le problème, si la justice interdit quelqu'un de se présenter aux élections pour des raisons objectives. Ca devrait réjouir le peuple. Parce que cela renforce la démocratie. La lutte contre l'impunité et la corruption, sont des principes de la démocratie. L'opposition veut berner la population en parlant que d'Azali mais en oubliant qu'en décidant de livrer à la justice des leaders politiques voir même des anciens présidents de la République, il s'expose lui-même, plus tard s'il commet des erreurs. Il faut préciser pour que tous les comoriens sachent pour qu'on ne fasse pas d'amalgame. D'où vient l'enquête sur la citoyenneté économique. C'est une initiative du parlement nationale et non du gouvernement, ni du président de la République. Ce sont les parlementaires eux-mêmes qui ont fait les enquêtes. Le document a été remis au chef de l'État et le gouvernement a décidé de saisir la justice. Je ne vois pas pourquoi on s'étonne.

 

Question : C'est la récupération politique que l'opposition dit redouter et non pas la justice en elle-même ?

 

M.I. : Comment une récupération politique ? S'il y avait quelqu'un au pouvoir et qui est par exemple accusé de détournement de fonds et que la justice l'épingle, l'opposition en profiterait pour fustiger le pouvoir. Vous imaginez un ministre épinglé par la justice, écroué pour détournement de fonds… que ne dirait pas l'opposition. Elle demandera sûrement sa tête. De même quand il s'agit d'un opposant, croyez-vous que le pouvoir n'allait pas s'en réjouir. C'est mal connaître la mentalité politique. Je ne dis pas que c'est normal. Ce n'est peut être pas religieux mais c'est comme ça.

 

Question : Revenons au référendum. L'opposition exige la réhabilitation de la cour constitutionnelle sans laquelle, il n'y aura pas de referendum ?

 

M.I. : C'est une question complexe. Je peux l'avouer. Au niveau du principe. On peut dire que la cour constitutionnelle dont les pouvoirs ont été provisoirement transférés à la cour suprême, cela peut choquer quelqu'un de bonne foi, épris de démocratie. Mais cette cour depuis qu'elle existe qu'est ce qu'elle a fait pour la démocratie ? Qu'est ce qu'on n'a pas dit de cette cour ? Sa dernière prouesse en date, c'est l'organisation d'un troisième tour pour 14 bureaux de vote. Allez lire le rapport de monsieur Antoy Abdou, ancien membre de la cour qui a révélé les dysfonctionnements, la corruption.

 

Question : Mais est-ce que le problème se situe dans l'institution ou plutôt au niveau des hommes ?

 

M.I. : Vous pouvez avoir tous les meilleurs textes du monde et s'il n'y a pas des hommes pour les appliquer cela restera lettre morte.

 

Question : Et pourtant le président avait une occasion d’y remédier au lieu de la dissoudre ?

 

M.I. : Mais il n'y a pas que lui. C'est d'ailleurs contre ce mode de désignation, la manière de nommer les membres de ladite cour que M. Antoy s'était attaqué. Vous imaginez une cour constitutionnelle où il n'y avait pas des juristes. Est-ce que ce n'est pas curieux et que personne n'est choquée. Que je sache, il n'y avait qu'un. En tout cas ça n'était pas un critère pour le choix des membres. 99% de ceux qui ont été membres si ce n'est plus, n'avaient aucune connaissance juridique.

 

Question : L'opposition dénonce des restrictions aux libertés. Est-ce que la situation justifie de telles restrictions ?

 

M.I. : Je répondrai d'abord qu'il n'y pas des prisonniers politiques aux Comores.

 

Question : Et Ahmed Hassane El Barwane qui vient d'être placé en détention ?

 

M.I. : Il faut dire les motifs. Ce n'est pas parce qu'il est secrétaire général du Juwa. Ce n'est même pas pour la citoyenneté économique. Prenons le cas de Mayotte depuis combien d'années les comoriens des autres îles se rendent à Mayotte et que parfois ils sont refoulés sans tapage médiatique. Qu'est ce qui s'est passé pour que la situation s'empire. Est ce que quelqu'un s'est posé la question. Est-ce qu'on s'est posé la question que toutes les déstabilisations du pays viennent de Mayotte ? Mercenariat, séparatisme…  

 

Question : Vous voulez lier l'arrestation de Barwane à la question de Mayotte ?

 

M.I. : Cela n'a rien à avoir. C'est pour venir à une idée que toute menace à l'ordre public ou tentative pendant cette période c'est plus sensible. C'est une période très sensible. Pour peu qu'on accepte d'avoir une vue globale de la situation du pays.

 

Question : La communauté internationale appelle à un large consensus avant le referendum. Comment le régime a accueilli cette réaction ?

 

M.I. : Vous savez que la communauté internationale et plus précisément l'organisation des Nations unies a pris part aux assises qui ont fait de recommandations parmi lesquelles la reforme constitutionnelle. Le consensus, ce n'est pas des assises organisées par le gouvernement mais plutôt par la société civile notamment le mouvement de 11 août.

 

Question : Sur la question de Mayotte. Jusqu'à où ira le bras de fer entre les gouvernements comorien et français ?

 

M.I. : En réalité, il faut opposer deux choses. Il y a la puissance qu'a la France membre du conseil de sécurité avec un droit de veto. Ça c'est le fait. Il y a le droit que les Comores détiennent sur Mayotte. Parce que toutes les instances internationales reconnaissent Mayotte comme partie intégrante des Comores. Que demande l'État comorien à l'État français c'est de discuter. Ce qu'aucun comorien ne peut envisager, c'est de dire que Mayotte n'est pas comorienne. Autant il est impensable de renoncer à une partie de notre intégrité territoriale, autant dire que les Comores ont intérêt à s'entendre avec la France, parce qu'il y a beaucoup des raisons.

 

Question : Venant de vous cela m'étonne que vous encouragiez le dialogue avec la France ?

 

M.I. : Il faut se rendre à l'évidence. On n'a pas la force d'aller déloger la France à Mayotte. Nous avons le droit, il faut le marier avec le dialogue. J'ai jamais appelé à faire la guerre à la France. C'est une guerre perdu de l'avance. Il y a une chose qui m'intrigue que l'opposition ne s’intéresse pas à cette question.

 

Question : Elle a quand même soutenu les décisions du ministre des affaires étrangères…

 

M.I. : Oui, sur le bout des lèvres. Mais qu'elle face des propositions. Qu'elle mette la même vigueur pour défendre l’intégrité du territoire que pour défendre la Cour Constitutionnelle. Ou est ce que la Cour vaut mieux que Mayotte. Je ne le pense pas.

 

Propos recueillis par Maoulida Mbaé

 


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