Avant La Réunion et Madagascar, Emmanuel Macron a fait une courte escale dans l’île comorienne de Mayotte occupée. Pour sa deuxième visite en moins de quatre mois, le Président français a promis 3,2 milliards d’euro pour la reconstruction de l’île dévastée par le cyclone Chido en décembre dernier. Une manne conditionnée à la chasse aux 35 000 clandestins, en y érigeant ce qu’il appelle « Uhura wa shaba », ou mur de bronze en français. Une relance des hostilités avec l’Etat comorien qui revendique depuis 50 ans sa souveraineté sur l’île de Mayotte, en vertu du droit international et du principe d’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation.
C’est aux alentours de 9H30 que l’avion présidentiel a atterri sur le tarmac de l’aéroport de Dzaoudzi dévasté par le passage du cyclone Chido, en décembre dernier. Accompagné de son épouse, Brigitte, le président français a répondu aux questions des journalistes sur la situation de l’île, quatre mois après avoir été complètement détruite par le cyclone le plus dévastateur qui a jamais touché l’archipel. Interrogé sur le plan de reconstruction de Mayotte, Macron a parlé de la nécessité d’avoir plus que de l’ambition. « Il faut une ambition forte et une lucidité cheville au corps. Je pense qu’on ne règlera pas les choses par un seul texte de loi. Il y’a beaucoup de choses qu’on peut faire mieux, il faut mettre beaucoup plus de moyens. »
Et ce dernier de préciser : « Il faut mettre des moyens en défensifs, mais il faut aussi être conscient du fait que Mayotte a une situation inédite dans ce canal de Mozambique ce qui est une chance pour elle, pour son avenir. » C’est surtout une chance pour la France, qui lorgne sur les supposées richesses gazières et pétrolières dans les eaux territoriales comoriennes dont la France contrôle une partie grâce à sa présence sur l’île comorienne de Mayotte. Une façon pour le président Macron de relancer le débat sur la souveraineté de Mayotte à quelques jours du sommet des chefs d’Etat de la Commission de l’océan indien à Antananarivo.
Lors de sa rencontre avec les élus mahorais au Conseil départemental, il a remis une couche en évoquant sa volonté d’ériger un « Uhura wa Saba », traduction incorrecte de rideau de fer, entre Mayotte et ses trois îles sœurs des Comores illégalement séparées depuis 1975. « Nous lançons maintenant une opération qui sera dénommée Uhura Wa Shaba, et donc, c’est le rideau de fer, sur la base de ce qui a été préparé par nos forces armées, par nos forces de sécurité intérieure. L’objectif, c’est véritablement là, de mieux prévenir les flux, de stopper les barges qui arrivent depuis la Tanzanie, de beaucoup mieux prévenir l’ensemble des flux migratoires qui viennent plus largement des Comores. » L’objectif à en croire le président français serait « d’arriver véritablement aux 35 000 retours, ce qui est notre objectif. » Après avoir infantilisé les mahorais avec son fameux « vous êtes bien contents d’être français », Macron adopte cette fois le narratif de l’extrême droite avec comme intention de séduire une partie de la population obnubilée par le discours populiste d’une Marine Le Pen.
La réalité est que la question de l’immigration est utilisée par les gouvernements français successifs, de gauche comme de droite, pour masquer leur échec à porter un véritable projet pour le développement de Mayotte, toujours classée « département le plus pauvre de France » après 184 ans de colonisation. Apres Wuambushu 1 et 2, après Place Nette, voilà Uhura Wa Shaba, qui apparait plus comme de la poudre à perlimpinpin, plutôt qu’une véritable volonté politique de changer le quotidien des mahorais. Preuve à l’appui, malgré la mobilisation des forces de l’ordre lors de cette visite, le quartier de Kavani était le théâtre d’une guérilla urbaine entre des jeunes désœuvrés et la police.
A l’aéroport de Dzaudzi, le président Macron a dénoncé aussi ce qu’il appelle des ingérences « On voit qu’on est attaqué, qu’il y’a de plus en plus d’ingérence » devait-il dire. Le président français faisait-il allusion à la position de la Russie concernant l’île de Mayotte ? Fin mars, le ministère russe des affaires étrangères via sa porte-parole Maria Zakharova, avait dénoncé la militarisation de certaines parties du monde. « La Russie s’oppose systématiquement à la militarisation injustifiée de tout territoire, avec des conséquences dangereuses pour la paix et la sécurité de certaines régions. » Et cette dernière de rajouter « en vertu du droit international, cette ile (Mayotte, NDLR) appartient à l’Union des Comores.»
Si récemment l’ambassade de France à Moroni a sorti un communiqué pour dénoncer ce qu’elle appelle des contre-vérités sur la volonté de la France d’implanter une base militaire navale à Mayotte, les propos du président Macron relance de plus belle cette éventualité. « Il faut mettre des moyens en défensifs », disait-il. L’aval de Moroni à la Russie pour l’ouverture d’une ambassade à Moroni, inquièterait-il outre mesure la France, dans une zone jusque-là considérée « zone de paix ».
Imtiyaz
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