La loi fondamentale empêche Azali Assoumani de se représenter à l'élection présidentielle de 2029. Le chef de l’État devra, tôt ou tard, désigner celle ou celui qui pourrait lui succéder. Mais qui a aujourd'hui ses faveurs ?
Élu en 2016 pour un mandat unique de cinq ans, au terme duquel il devait passer le flambeau à un Anjouanais pour respecter la présidence tournante, Azali a pris la classe politique de court en réformant la Constitution en 2018. Cette manœuvre lui a permis de briguer deux nouveaux quinquennats à partir de 2019, alimentant les soupçons d'une présidence « à vie ». Il aura fallu attendre la veille du 25e anniversaire de la réconciliation nationale célébrée le 17 février dernier à Moheli, pour que ses collaborateurs écartent toute velléité de nouvelle réforme constitutionnelle. Du moins, pas à l’occasion du 17-Févirer. Cette mise au point fait suite à une rumeur sciemment alimentée par le chef de l’État lui-même dès le dernier trimestre 2025, tel un ballon d’essai.
À Fomboni, le président a emboité le pas à ses conseillers. Il a assuré, avec une clarté inédite sur ce sujet précis, qu’il passerait bel et bien le témoin à un natif d’Anjouan à partir de 2029. Si le doute persiste encore chez certains, cette déclaration a eu le mérite d’apporter une lueur d’espoir à une opinion publique qui scrute désormais l’horizon pour identifier le futur dauphin. Au sein du parti au pouvoir, la CRC, c’est le branle-bas de combat. Les prétendants anjouanais se bousculent déjà dans les coursives de Beit-Salam.
Une certitude demeure : contrairement à 2006 où le candidat hors giron choisi par le président Azali Assoumani avait mordu la poussière, l'erreur ne sera pas répétée. Dans les cercles du pouvoir, son fils Nour el-Fath Azali, secrétaire général du gouvernement depuis 2024 après avoir été le conseiller privé de son président de père pendant cinq ans, martèle désormais qu'en 2029, le dauphin sera impérativement un candidat « fait maison » ou ne sera pas. À trois ans de l'échéance, quelques figures sortent déjà du lot.
Moustadroine Abdou, le président de l’Assemblée nationale, est naturellement en pole position. Fidèle de la première heure, il occupe sans interruption de hautes fonctions depuis 2016. Avec Belou, l’inamovible directeur de cabinet d’Azali, chargé de la Défense et figure influente issue de la Grande-comore, Moustadroine bénéficie d'une longévité exceptionnelle. Si sa loyauté est sans faille, sa discrétion frise parfois la crainte, voire le ridicule. On se rappelle ce jour où, pour rencontrer l’ancien argentier de l’État Saïd Ali Chayhane, tombé en disgrâce après avoir osé braver le fils du chef de l’État, Nour el-Fath Azali alias Fathou, le président de l'Assemblée a préféré délaisser son cortège officiel pour un simple taxi.
Une manœuvre destinée à se soustraire à sa propre garde rapprochée et dissimuler cette entrevue aux yeux de Beit-Salam. Une fois à l'abri des regards, il se serait épanché auprès de Chayhane, se plaignant amèrement du « manque de considération » de Fathou à son égard. Ce malaise s’accompagne d’une contestation dans son propre fief. À Anjouan, on lui reproche en effet un népotisme décomplexé. Ses détracteurs l’accusent de privilégier exclusivement ses proches au détriment d'une ouverture qui pourrait consolider sa base.
Dans un tout autre style, on trouve Djaanfar Salim Allaoui, alias Sarkozy. Sa nomination à la direction générale des douanes en janvier a relancé les spéculations. Azali chercherait un adversaire à la mesure de l'influence d'Ahmed Abdallah Sambi à Anjouan, et Sarkozy, véritable animal politique aguerri, semble cocher toutes les cases pour mener cette bataille.
Au-delà d’Anjouan où il a été ministre de l’Intérieur et directeur des impôts, il a su se faire connaître à Ngazidja et Mohéli, notamment à travers le sport, comme le confirme Houssamidine Ben Ahmed, journaliste sportif vedette de l’Ortc. Ce rayonnement national en fait un sérieux concurrent, d'autant qu'il pourrait faire équipe avec la ministre des Transports, Yasmine Hassane Alfeine. Seule femme anjouanaise à ce niveau, issue des grandes familles de Mutsamudu par sa mère et de Moroni par son père, elle dispose d'un capital social rare. Cet ancrage bicéphale, couplé à la confiance constante que lui témoigne Beit-Salam, en fait une prétendante capable de ratisser bien au-delà des cercles traditionnels de la CRC.
Pendant ce temps, Aboudou Miroidi, vice-président de l’Assemblée et proche de l’homme lige d’Azali, Belou, reste en embuscade. Il a été récemment été aperçu lors d’un déjeuner politique dans un hôtel du sud de la capitale, en train de discuter, déjà, du partage des portefeuilles ministériels avec des proches du régime, dont un ancien ministre de la justice devenu conseiller à Beit-Salam. Miroidi partage avec Sarkozy une qualité jugée essentielle : l’audace. Car dès l’investiture du président issu d’Anjouan, la vieillissante classe politique de la Grande-comore commencera déjà à ronger son frein, peu disposée à attendre deux décennies avant de prétendre à nouveau à la magistrature suprême.
Parallèlement, le gouverneur d’Anjouan, Zaidou Youssouf, œuvre en coulisse pour obtenir la bénédiction du Palais. Il peut compter sur de puissants lobbyings de son épouse Loub Yakouti Attoumane, ministre de la santé entre 2019 et 2024. Pour montrer patte blanche, le locataire de Dar Nadjah évite soigneusement de reproduire les erreurs de son prédécesseur, Anisi Chamsidine, qui passait son temps à critiquer ouvertement le chef de l'État. Ironie de l’histoire, ce même Chamsidine, bien que proche de l’opposition, multiplie aujourd’hui les appels du pied à Beit-Salam. Une rencontre discrète a eu lieu entre lui et Azali Assoumani au tout début du Ramadan.
Cependant, toutes ces manœuvres restent suspendues au filtre implacable du premier cercle du pouvoir. L’ancien ministre Mahamoud Salim Hafi en fait aujourd’hui l’amère expérience. Il avait retrouvé une influence certaine dans l’ombre de Nour el-Fath Azali en tant que secrétaire général adjoint du gouvernement, dès juillet 2024. Mais un excès de confiance lors de l’intérim qu’il assurait pendant la campagne des législatives de janvier 2025, scrutin auquel son supérieur était candidat, lui a coûté son crédit auprès du numéro deux de fait du gouvernement. Dans un écosystème où la bénédiction de Fathou est devenue aussi cruciale, ce désaveu semble sceller définitivement ses ambitions nationales.
À trois ans de l'échéance, les prétendants savent qu’ils avancent sur une corde raide et que la moindre erreur de parcours peut s'avérer fatale. Car au-delà de l’appartenance à la CRC ou du poids politique, le critère central du choix présidentiel reste immuable : la capacité du futur dauphin à garantir, après 2029, une protection absolue à Azali Assoumani et à son premier cercle familial. En somme, le successeur ne sera pas choisi pour son programme, mais pour sa fiabilité en tant que bouclier.
Toufé Maecha
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