Dr Mohamed Rafsandjani, président du parti USHE, a accordé un entretien à La Gazette ce jeudi 16 octobre, au cours duquel il trace les grandes lignes politiques de son engagement depuis qu’il s’est installé aux Comores, ses ambitions pour redonner voix au citoyen, et répond à des déclarations controversées sur la souveraineté du pays.
Le président du parti Ushe Dr Mohamed Rafsandjani explique que son retour aux Comores, son installation sur place, n’est pas une décision improvisée mais la suite logique d’un engagement pris lors du congrès de son parti en novembre 2024. Au-delà de la promesse, il évoque une conviction profonde, celle d’être présent physiquement sur le sol national est indispensable pour incarner les revendications populaires. Selon lui, la classe politique actuelle « ne représente plus » le peuple, qui ne se reconnaît pas dans ses dirigeants. « La population ne se voit pas représentée, l’idée c’est de venir sur place pour essayer de matérialiser cette incarnation, donner confiance à la population pour qu’elle puisse se voir en nous. »
L’objectif est de rapprocher la politique des citoyens, permettre à ces derniers de devenir coauteurs des politiques qui les concernent réellement, et non de subir des décisions conçues « hors sol ». Le parti USHE met en avant les consultations citoyennes comme pierre angulaire de sa stratégie. Rafsandjani admet que le projet adopté lors du congrès est volontairement incomplet, afin d’être enrichi par les retours des Comoriens. « On est beaucoup plus à même de défendre un projet si on en a aidé à être coauteur, qu’il ne soit pas hors sol mais qu’il tienne compte de l’expertise de ceux qui le vivent tous les jours. » La prochaine grande consultation est annoncée pour le samedi 25 octobre 2025, à la “Citadelle de Mutsamudu”, afin de recueillir les préoccupations, propositions et solutions de la population. L’idée : un projet du peuple, coécrit.
Concernant l’arrestation d’Ahmed Hachim Saïd Hassane, accusé d’avoir appelé à manifester, Rafsandjani voit dans cet acte une illustration d’une constante du régime en place : « réprimer toute expression publique ». Il affirme qu’aucune manifestation pacifique n’a été autorisée depuis 2016 lorsqu’il s’agit de débattre de problématiques politiques, institutionnelles ou économiques. Il rappelle que, selon lui, la liberté d’expression publique n’exige pas d’autorisation administrative : une simple déclaration suffit. Cette situation, dit-il, révèle un gouvernement qui ne tolère pas les voix dissidentes, et face auquel le silence ou l’attente d’une autorisation sont des impasses.
Rafsandjani identifie trois piliers sur lesquels repose, selon lui, le statu quo autoritaire ou immobiliste. Tout d’abord, la peur, instrument du pouvoir pour dissuader toute action collective. Ensuite, la précarité économique, entretenue, non accidentelle, et qui affaiblit la capacité de résistance sociale. Et enfin, le désespoir, sentiment diffus que rien ne peut changer, qui paralyse. Si USHE ne détient pas le pouvoir pour agir sur les deux premiers piliers dans l’immédiat, il propose d’investir celui du désespoir : « redonner de l’espoir » par la parole, le contact direct, la mobilisation citoyenne, afin que le peuple reprenne conscience de sa souveraineté. Il croit que cela peut changer vite, dès lors que la population voit une alternative crédible.
Au sujet de la réconciliation nationale portée officiellement par le régime, Rafsandjani se dit sceptique. Il considère que cette expression est utilisée comme un “vernis” pour masquer une stratégie de maintien au pouvoir. Pour lui, la vraie réconciliation passe par le respect de la loi, de la Constitution et de la démocratie. « Si on revient au texte et on revient à la légalité, pas besoin de faire de la réconciliation. »
L’un des moments forts de ses propos concerne une déclaration récente du président Azali Assoumani, selon laquelle les Comores pourraient devenir une « province des Émirats arabes unis », et que le président serait considéré comme gouverneur dans ce contexte. Rafsandjani juge ces paroles « très graves » et estime qu’elles constituent une attaque contre la souveraineté nationale. « Il n’est pas question qu’on puisse, même sous le ton de l’humour, laisser penser qu’on pourrait y renoncer. On s’approche presque de la définition de la haute trahison, telle qu’elle est définie par les textes. »
Rafsandjani lance un appel. Il invite d’abord la population à transformer la colère et le désespoir en expression publique. Il appelle ensuite à ne pas attendre les ordres ou autorisations pour agir, mais à réveiller l’esprit citoyen et à redonner à chacun le sens noble de la politique : celui de s’intéresser aux affaires de la cité. Cet entretien révèle une volonté de rupture dans la façon de faire de la politique aux Comores : plus d’immersion, plus de transparence, plus de participation réelle. Le pari est audacieux mais, selon Rafsandjani, déjà en marche.
Mohamed Ali Nasra
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