Il est l’un des rares hommes politiques français, avec son groupe parlementaire (Communiste) à n’avoir jamais varié d’un iota sur l’épineuse question de Mayotte. Le député de Paris a encore une fois affirmé haut et fort son soutien à une île de Mayotte faisant partie intégrante de l’archipel des Comores et cela en se basant sur le droit international. Une déclaration qui intervient alors que le parti d’extrême droite (RN) a déposé une proposition de résolution à l’Assemblée nationale française pour l’entrée au Panthéon de Zena M’dere en compagnie de deux autres personnalités.
A l’initiative du député Jean Phillipe Tanguy et de son groupe parlementaire, le Rassemblement National, les députés français ont débattu jeudi 8 octobre, sur une proposition de résolution « invitant le Gouvernement à engager les démarches en vue de soutenir l’entrée au Panthéon d’Olympe de Gouges, de l’abbé Charles-Michel de l’Épée et de Zéna M’Déré ». Composée d’un article unique, cette proposition 3183 soutient l’idée selon laquelle la pantheonisation de Zena M’déré affirmerait plus que jamais l’appartenance de Mayotte à la République française. « L’entrée au Panthéon de Zéna M’Déré permettrait d’affirmer que le combat des Mahorais pour rester Français n’est pas anodin mais est le fruit de l’engagement concret de citoyens, y compris loin de l’Hexagone, et que ce département d’outre‑mer a toute sa place dans le récit national. »
A cette proposition s’oppose celle de Jean Paul Lecoq, fervent défenseur de l’unité des quatre îles de l’archipel des Comores. « Nous refusons le symbole que vous voulez lui faire porter. » Et ce dernier de continuer en faisant appel à l’histoire. « En 1974, l'archipel tout entier s'est prononcé pour l'indépendance. En 1975, l'ONU a admis les Comores comme un État de quatre îles, Mayotte comprise. En 1976, la France a opposé son veto au Conseil de sécurité alors que l'Assemblée générale déclarait nulle et non avenue la consultation séparée organisée à Mayotte. » Et de renchérir en dénonçant une forme d’impérialisme de l’Etat français : « Le maintien de Mayotte dans la République viole le droit international, vous le savez. La Charte des Nations Unies et le principe de l'intégrité territoriale d'un peuple décolonisé, que celui du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. La France a failli dans la méthode. C'est un acte d'impérialisme qui n'a pas à être glorifié au Panthéon. »
Dans cette Assemblée nationale française, Jean-Paul Lecoq aura donc porté une voix singulière qui résonne bien au-delà des murs du Palais-Bourbon. Celle d’un combat pour l’unité des Comores, que l’on aurait presque pu croire entendre de la bouche d’un député comorien réclamant le respect de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Par la force de son argumentation et le rappel des faits historiques, il a replacé le débat sur son véritable terrain : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une prise de parole rare, qui rappelle que les frontières ne sauraient effacer l’histoire, ni les décisions politiques se substituer au droit international. Et qui, surtout, donne à cette tribune française un singulier écho comorien.
Dénonçant la récupération faite par le RN, le député communiste a rappelé l’appartenance à la même communauté des populations des quatre îles comoriennes, consacrée par l’histoire et le droit international. « Le droit dit que ces deux peuples forment une seule communauté nationale. Vous, vous réclamez le droit, la fin du droit du sol, la fin du regroupement familial. Vous réclamez des murs, vous réclamez des expulsions. Vous ne panthéonisez pas Zena M'dire, vous l'enrôlez dans un combat qui n'était pas le sien. » Pour la petite histoire, Zena M’Dere était une des femmes leaders du mouvement des « soroda » (anti-indépendantiste), opposé aux « serrez-la-main » favorable à la décolonisation de l’archipel. On les appelait les redoutables « chatouilleuses », pour leurs méthodes utilisées pour faire taire leurs adversaires politiques de l’époque.
Imtiyaz
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