La Gazette

des Comores

Coronavirus / 500 millions KMF de soin par personne infectée ?

Coronavirus / 500 millions KMF de soin par personne infectée ? © : HZK-LGDC

Les chiffres sont effarants mais c’est le ministère de la santé qui le dit. Si d’aventure des concitoyens sont contaminés par le Coronavirus, la prise en charge de chaque malade coutera à l’État la vertigineuse somme de « 500 millions de nos francs, ou plus ».


Dans sa politique de « transparence », le ministère de la santé a organisé hier lundi une rencontre avec la presse. En l’absence de la ministre qui est en voyage officiel à Addis-Abeba pour le sommet de l’Union Africaine, c’est le gratin du ministère qui était là, prêt à répondre aux interrogations des journalistes en soif d’informations officielles. Le secrétaire général, Jean Youssouf, a fait montre du sens de la repartie pour tenter de convaincre l’opinion.  

Le premier administrateur de la Santé affirme devant les médias que son ministère a « anticipé » les mesures de prévention aussitôt l’épidémie signalée en Chine. Rappelons que c’était fin décembre que le Coronavirus a commencé à sévir à Wuhan, épicentre dudit virus. Et il a fallu un mois, soit le 28 janvier, pour que les autorités sanitaires comoriennes mettent en place les fameux scans thermiques aux frontières. Ce que nous n’appelons pas « anticiper » mais plutôt avoir les deux pieds dans le même sabot ou, en termes plus simples, être à la traine.

Grace à cette « anticipation », le ministère devait soutenir dans un premier temps qu’ils étaient certains que le pays est « épargné » et ne compte aucun cas de contamination. Mais comment peuvent-ils en être aussi sûrs alors qu’au moins neuf compatriotes débarqués de Chine il y a une dizaine de jours, sont avec nous dans les transports et l’administration ? Une question qui a fait soulever un coin du voile. « Personne ne présente encore de signe clinique du coronavirus ». « Pas encore », l’usage de l’adverbe par les conférenciers était de mise.

Pour ce qui est des douze autres compatriotes mis en quarantaine dans l’ancien logement du feu commandant Fayçal Abdoussalam pour des mesures préventives, le ministère de la santé admet que leurs conditions ne sont pas au top, mais « elles évoluent au fil du temps ». Une de ces douze personnes affirme qu’elles avaient toutes dormies sur des matelas posés à même le sol, la nuit du dimanche à lundi. « Ce n’était qu’à 23h qu’ils sont venus avec des lits. Et comme nous étions déjà endormis, ils les ont abandonnés dans la cour », témoigne celui qui regrette que les femmes présentes soient « obligées d’aller faire leurs besoins dans les côtes » faute de toilettes propres au sein de cet immeuble en ruines.

Il est annoncé pendant la conférence que des recherches d’un lieu digne sont en cours. Le soir du dimanche, les autorités avait repéré un hôtel devant abriter les mis en quarantaine « mais le médecin nous a déconseillé car à l’extérieur, il y a un important flux de passants ». Ils ont gardé de nommer ledit hôtel, toutefois, selon nos recherches, il s’agirait du Motelami, situé à l’extérieur de l’aéroport de Hahaya. Le gérant des lieux se serait catégoriquement opposé.

Pour ce qui est du communiqué astreignant aux voyageurs en partance d’un pays affecté par l’épidémie d’observer une quarantaine de deux semaines avant de venir à Moroni, le ministère de la santé assume. Interrogé sur ce sujet, les autorités montrent que cet impératif relève de l’organisation « personnelle » du voyageur. Du fil à retordre ! En effet, il est difficile d’imaginer un voyageur se présenter volontiers à un site d’isolement et être pris en charge sans aucun accord bilatéral et préalable de ce pays-là avec Moroni.

 

Les autorités affirment travailler en symbiose avec l’OMS et que le budget pour le plan d’action contre le virus est arrêté. A la question de savoir à combien s’élève ce budget, le ministère de la santé a contourné la question, insistant en revanche que « si d’aventure le virus est signalé au pays, le cout pour soigner chaque malade s’élèvera à plus de 500 millions » de nos francs. Une somme redite en langue nationale, comme pour dissiper les malentendus. Tout sauf réaliste !

Andjouza Abouheir

 

 


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