La Gazette

des Comores

Le pays en première ligne contre le diabète

Le pays en première ligne contre le diabète © : HZK-LGDC

Les Comores ont accueilli ce mardi 14 avril une réunion scientifique inter-pays inaugurée par le ministre de la santé. Organisée jusqu’au 16 avril par l’ONG Santé Diabète, la rencontre réunit décideurs locaux, experts internationaux, patients et institutions pour faire front contre le diabète et bâtir des systèmes de soins durables, adaptés aux défis du continent africain et de l’archipel.


D’emblée, l’objectif affiché est de transformer les systèmes de soins face à une pathologie qui progresse « très silencieusement », selon les mots du ministre Ahamada Sidi Nahouda. Et pour cause, les chiffres sont alarmants : En Afrique, plus de 24 millions de personnes âgées de 20 à 79 ans sont concernées, avec un doublement attendu d’ici 2050, soit 60 millions de personnes au vu de sa progression. Pire, près de 50% des malades ignorent leur statut, exposés aux complications graves telles que l’insuffisance rénale, les amputations, les décès prématurés. Dans notre pays, la prévalence fut estimée à 10,8% de la population en 2024, et d'après les données de la fédération internationale du Diabète, en 2020 on a enregistré 136 décès, soit 3,2% de la mortalité totale. Le ministre a ajouté que cette rencontre vise à « transformer les engagements techniques en résultats mesurables, capables d’améliorer la prévention, le dépistage précoce, la prise en charge et la qualité de vie des personnes vivant avec le diabète ».

 

La journée scientifique a donné une place centrale au vécu. Abdouldjabar Chakira, patient comorien diabétique de type 1, et Alima Parago, pair éducatrice et médecin du Burkina Faso également atteinte de diabète, ont rappelé l’essentiel : « C’est pour les patients qu’on est tous là, pour les populations ». Un message repris par le Pr Stéphane Besançon, directeur général de Santé Diabète, lequel a insisté : « L’engagement sur 10, 15, 20 ans permet de transformer les politiques publiques. On arrive à des résultats surprenants là où on disait il y a 20 ans que rien n’était possibles. » Pour harmoniser les protocoles de soins, les experts ont partagé leurs cohortes de suivi, des modèles de formation des pairs éducateurs et des outils de digitalisation du parcours patient. Le Pr Besançon y voit « l’occasion de nouer des coopérations ». Pour l’OMS, l’enjeu est d’« inventer la prise en charge avec des programmes prioritaires » et de former massivement les professionnels. L’objectif recherché : des protocoles standardisés de dépistage précoce et de suivi, adaptés aux réalités insulaires, pour éviter que le diagnostic tardif ne reste la règle aux Comores.

 

Sur la hausse des cas chez les jeunes, les priorités sont : « promotion d’une alimentation saine et locale, environnements favorables à l’activité physique et protection des enfants contre les produits néfastes ». La représentante de l’OMS, Nkurunziza Triphonie, a plaidé pour des mesures fortes, comme la taxation des produits sucrés, qui peuvent « prévenir la maladie et générer des recettes pour garantir la santé ». L’accessibilité de l’insuline reste un verrou majeur. Les autorités ont réaffirmé leur « détermination à garantir un accès équitable aux soins pour tous ». Parmi les pistes : mutualisation des achats régionaux pour baisser les prix, intégration du diabète dans la couverture sanitaire universelle, et digitalisation pour éviter les ruptures de stock.

 

Les deux jours restants doivent rendre les échanges « utiles et utilisables » afin que « le challenge immense », selon Dr Michel Sidibé, envoyé spécial de l’Union africaine pour la création de l’Agence africaine du médicament, aboutisse à des recommandations concrètes, adaptées aux Comores mais inspirées des partenaires internationaux. Les travaux se poursuivent jusqu’au 16 avril, entre spécialisation médicale et innovation technologique, en attendant les futures feuilles de route nationales.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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