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Lutte contre le diabète : Abdouldjabar Chakira : « J'étais soulagé de savoir enfin ce qui n'allait pas»

Lutte contre le diabète :   Abdouldjabar Chakira : « J'étais soulagé de savoir enfin ce qui n'allait pas» © : HZK-LGDC

Diagnostiqué en 2016, c'est à la Maison de prévention de Moroni, portée par l'ONG Santé Diabète, qu'Abdouldjabar Chakira a appris à vivre mieux avec sa maladie. Devenu aujourd'hui patient pair éducateur, il accompagne, avec l'agent de santé communautaire Soulaimana Saïd, plusieurs patients diabétiques.


Après sept mois de calvaire, de consultation en consultation, Abdouldjabar, 38 ans, originaire de Ouzioini, apprend qu'il est diabétique de type 1. Contrairement à ce que l'on imagine, il ne s'effondre pas. « J'étais soulagé de savoir enfin ce qui n'allait pas. Oui, j'étais malade, mais au moins je mettais un nom sur ma souffrance. Sur le moment, je n'ai pas mesuré ce qui m'attendait, je pensais seulement que j'allais pouvoir me soigner », nous confie-t-il.

 

En quelques mois, Abdouldjabar est passé de 103 à 50 kilos. Faute de spécialiste aux Comores, il s’est rendu à Madagascar où il a enfin reçu un diagnostic clair et appris à gérer son traitement à l’insuline. Mais malgré cette prise en charge, une hyperglycémie prolongée a affecté sa vue. Mal informé sur l’alimentation adaptée au diabète, il a continué à perdre du poids en s’imposant de nombreuses restrictions alimentaires par crainte d’une hausse de sa glycémie.

 

Le déclic pour Abdouldjabar arrive en 2023, grâce à un agent nommé Fatahu qui lui parle de la Maison de prévention et de l'antenne comorienne de l'ONG Santé Diabète.

« À la MDP, j'ai compris qu'il fallait adopter une véritable hygiène de vie et une alimentation adaptée. Grâce à l'éducation thérapeutique et au suivi du Dr Junior, endocrinologue-diabétologue à Moroni, j'ai repris du poids et j'ai appris à mieux vivre avec la maladie », témoigne Abdouldjabar, aujourd'hui stabilisé à 83 kilos.

Et de poursuivre : « Désormais, grâce aux ateliers, je sais comment me comporter, comment éviter les complications. Avec mes erreurs, j'ai appris. C'est pour cela que je suis devenu patient pair éducateur au sein de la Maison de prévention », dit-il avec fierté.

 

Face à lui, Soulaimana Saïd écoute, hoche la tête. Agent de santé communautaire, il a lui rejoint la Maison de prévention en 2024 comme pair éducateur. Son quotidien, ce sont les tournées dans les centres de santé, les animations de sensibilisation dans les villages, les ateliers en petit groupe.

« Pour les diabétiques et les personnes à risque, nous organisons des ateliers d'éducation thérapeutique pour les aider à adopter une bonne hygiène de vie, une nutrition adaptée, et nous les soutenons moralement, notamment au début. Le suivi doit être continu », précise le pair éducateur.

 

La Maison de prévention ne se contente pas d'expliquer. Elle équipe tant qu'elle peut, selon les moyens de bord : insuline, glucomètres, bandelettes. Elle éduque, forme et écoute. L'impact est visible, selon Soulaimana : « La population est de plus en plus consciente. La stigmatisation des patients diabétiques est moins présente qu'avant. Les gens comprennent qu'on peut vivre presque normalement avec le diabète si on prend les bonnes mesures. »

 

Pourtant, les deux hommes sont lucides. Vivre avec un diabète de type 1 aux Comores reste un parcours d'obstacles. Le premier frein est l'alimentation : « Manger équilibré, cela demande un budget. Aux Comores, on ne trouve pas tous les aliments toute l'année. Il faudrait que chacun fasse son petit potager dans son jardin pour s'alimenter correctement », souligne Abdouldjabar.

Le second frein, plus technique mais vital est ce que l'on appellerait la chaîne du froid. En effet, l'insuline doit rester entre 2 et 8°C.

Abdouldjabar cite le cas d'une patiente de Hahaya qu'il soutient : sous insuline, elle faisait des hypoglycémies à répétition. Après enquête, il s'est avéré que les flacons étaient mal conservés.

« Nous n'avons hélas pas les moyens de conserver correctement nos traitements à domicile. L'hôpital de référence et le siège de Santé Diabète ont la chaîne de froid, mais une fois l'insuline à la maison, ce n'est plus pareil. Le traitement perd en efficacité. C'est encore pire pour ceux qui doivent l'emporter au travail ou à l'école », alerte-t-il.

Pour aller plus loin, les deux pairs éducateurs formulent deux demandes claires aux autorités.

Abdouldjabar plaide pour du matériel : « Je lance un appel aux autorités. Aidez-nous à obtenir des boîtes isothermes pour l'insuline. Nous ne sommes pas si nombreux, les diabétiques de type 1 aux Comores. On pourrait au moins en équiper les élèves et les travailleurs. »

Soulaimana, lui, insiste sur la proximité : « Ce qui changerait tout, ce serait d'avoir des pairs éducateurs dans chaque centre de santé régional. Afin que les communautés n'aient pas à venir jusqu'à Moroni pour être écoutées et bien suivies,» a-t-il conclu.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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