La Gazette

des Comores

Première pose réussie de fistule artério-veineuse à El-Maarouf

Première pose réussie de fistule artério-veineuse à El-Maarouf © : HZK-LGDC

C'est une première nationale attendue depuis vingt ans que la dialyse se fait au pays. Samedi 27 juin, le CHN El-Maarouf a réalisé avec succès la première pose de fistule artério-veineuse, ouvrant une nouvelle perspective pour les patients comoriens souffrant d'insuffisance rénale, jusque-là contraints à l'évacuation sanitaire.


Si le centre de dialyse de Moroni existe depuis plus de quinze ans, les malades étaient jusqu'à présent dialysés exclusivement via des cathéters centraux, exposés à des risques élevés d'infection et d'hémorragie. L'intervention, menée dans le bloc opératoire du CHN, met fin à cette dépendance. L'opération s'inscrit dans le projet de coopération régionale en santé (CoReg) porté par Expertise France avec le ministère de la Santé, et financé par l'AFD. Dans ce cadre, trois chirurgiens comoriens ont suivi une formation spécialisée à la faculté de médecine Cheikh Anta Diop de Dakar. Ils exercent aujourd'hui au CHN El-Maarouf, à l'hôpital de Hombo à Anjouan et au CHRI de Sambakouni. Au cœur de l'équipe, le Dr Youssouf Mohamed Youssouf, chirurgien des hôpitaux originaire de Koimbani Oichili. Formé successivement à Madagascar, au Bénin, en France et au Sénégal, il exerce aux Comores depuis fin 2014, d'abord au Centre Médico-Chirurgical de Mbeni puis au CHRI de Sambakouni, avant de réintégrer El-Maarouf fin 2023, dans la période post-COVID.

 

« La fistule artério-veineuse est une communication créée chirurgicalement entre une artère et une veine pour faciliter la dialyse des patients atteints de maladie rénale chronique. Ce procédé offre un accès vasculaire plus sûr que le cathéter central : il artérialise la veine, la rend plus robuste et assure une voie durable », a-t-il expliqué. Lors de cette première intervention, le professeur sénégalais Magaye Gaye, expert en chirurgie vasculaire, était présent au bloc pour assister les chirurgiens locaux. Trois patientes suivies en dialyse depuis plusieurs années ont bénéficié de l'intervention. Elles ont quitté l'hôpital avec une fistule fonctionnelle. Par respect du secret médical, l'équipe n'a pas communiqué d'autres détails, précisant seulement qu'elles présentaient le profil typique des insuffisants rénaux jusqu'ici contraints aux cathéters à répétition.

 

« Avec le cathéter, chaque séance comportait des risques : infections, septicémies, hémorragies. La fistule réduit considérablement ces complications, améliore la qualité de vie et redonne de l'autonomie. La greffe rénale reste la solution idéale, mais elle n'est pas encore à notre portée », soulignait le Dr Youssouf. L'avancée est aussi financière. Jusqu'à présent, une pose de fistule à l'étranger coûtait aux familles près de 4 000 euros, entre voyage, séjour et acte chirurgical. Au CHN El-Maarouf, l'intervention revient désormais à moins de 500 euros, selon les estimations du spécialiste. Au-delà du geste technique, cette première pose consacre l'autonomie du système de santé comorien et met fin à des années d'évacuations sanitaires pour un acte devenu réalisable sur place.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie


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