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des Comores

Santé et Ramadan : Un défi pour les personnes atteintes de pathologies chroniques

Santé et Ramadan :  Un défi pour les personnes atteintes de pathologies chroniques © : HZK-LGDC

À Moroni, en plein mois de Ramadan, les personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension doivent concilier foi et impératifs médicaux. Pour comprendre les risques, les précautions à prendre et l’importance du suivi médical, La Gazette des Comores a interrogé le Dr Oumouri Madi Soumeth, médecin généraliste aux urgences du CHN El-Maarouf.


En ce mois de Ramadan, nombreux sont les fidèles confrontés au défi du jeûne. Mais pour celles et ceux qui vivent avec des pathologies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, il ne s’agit pas uniquement d’une question de foi, c’est aussi un véritable exercice d’équilibre métabolique et un parcours semé d’obstacles pour la santé. La Gazette des Comores a interrogé Dr Oumouri Madi Soumeth afin de mieux comprendre les enjeux et les précautions à prendre. « Au-delà de l’aspect spirituel, le Ramadan représente un véritable défi pour les personnes atteintes de pathologies chroniques », explique le médecin, exerçant au service des urgences du CHN El-Maarouf. « Qu’il s’agisse du diabète, de l’hypertension ou d’autres maladies chroniques, cela implique un bouleversement du métabolisme de l’organisme, exigeant une vigilance accrue. »

Le diabète est sans doute l’une des pathologies les plus complexes à gérer durant cette période. Les variations de la glycémie (taux de sucre dans le sang) au cours de la journée constituent une préoccupation majeure. Le premier défi, souligne notre expert, est de maintenir un équilibre glycémique stable. « Les variations de la glycémie peuvent entraîner de nombreuses complications, met-il en garde. Se priver de manger peut provoquer des hypoglycémies potentiellement graves, pouvant aller jusqu’à un état comateux. » Mais l’inverse est tout aussi risqué. Après la rupture du jeûne, les repas copieux et souvent riches en sucres, très prisés chez nous, peuvent entraîner une hyperglycémie sévère, c’est-à-dire une décompensation diabétique. Il ne s’agit donc pas seulement de l’absence de nourriture, mais aussi de la quantité et de la qualité des aliments consommés.

Un autre aspect crucial pendant le jeûne est l’hydratation. Ne pas boire pendant de longues heures, alors que les activités quotidiennes se poursuivent, peut entraîner une déshydratation significative. « La déshydratation peut provoquer un déséquilibre métabolique et, paradoxalement, exposer certaines personnes à des épisodes d’hyperglycémie », précise-t-il. Les patients hypertendus ne sont pas en reste face à ces défis. La déshydratation peut entraîner une hypotension, susceptible de provoquer vertiges et chutes. L’alimentation joue également un rôle clé. « Manger très salé après le jeûne peut, à la longue, provoquer des poussées hypertensives », alerte notre interlocuteur.

Il convient aussi de souligner qu’une baisse du taux de sucre dans le sang peut survenir de manière soudaine, et que ses signes d’alerte doivent être rapidement reconnus. Parmi les symptômes les plus fréquents figurent une fatigue inexpliquée, des tremblements, une transpiration excessive (souvent froide), des maux de tête et une faim intense. Des troubles de l’humeur, comme l’irritabilité ou l’anxiété, ainsi que des difficultés de concentration, des vertiges ou une vision floue peuvent également signaler un manque de glucose au niveau cérébral. Il est indispensable de ne pas ignorer ces signaux afin d’agir rapidement et d’éviter des complications plus graves.

Un autre défi majeur, concerne les personnes qui doivent prendre des médicaments quotidiennement. Durant le Ramadan, il est nécessaire d’adapter les horaires habituels de prise. « Le défi est de maintenir l’efficacité du traitement sans risquer un surdosage », insiste le médecin. Par ailleurs, l’inobservance thérapeutique c’est-à-dire une mauvaise prise des médicaments constitue un facteur aggravant pour toute pathologie chronique. Face à ces enjeux, le message du spécialiste est clair : la consultation médicale est indispensable. « Le premier conseil à donner aux personnes souffrant de pathologies chroniques, en particulier les diabétiques ou les hypertendus, est de consulter leur médecin traitant, avant le Ramadan », recommande-t-il.

Pour conclure, Dr Oumouri Madi rappelle un principe islamique fondamental : la préservation de la vie prime sur l’obligation du jeûne. Un pilier de miséricorde qui, selon lui, se heurte parfois à une difficile acceptation au sein de la communauté comorienne, où la tradition peut prendre le pas sur cette dispense prévue par la religion. « Dans notre religion, la préservation de la vie prime sur l’obligation du jeûne. Pourtant, dans ce contexte, nous avons tendance à ne pas l’accepter facilement », regrette-t-il. En somme, le Ramadan demeure une période de dévotion, mais il doit également être un temps de prudence et d’attention à sa santé. Et il n’est pas trop tard. « Si la personne n’a pas pu consulter avant, elle peut toujours le faire pendant le mois », rassure le médecin. Cette démarche permettra d’adapter le régime alimentaire, d’ajuster les doses de médicaments et de mettre en place un suivi personnalisé, garantissant ainsi un jeûne plus sûr et plus serein.

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 

 


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