Un article récemment publié dans The Lancet Regional Health Africa par le chercheur et docteur en génétique moléculaire, Said Nassor Abeid tire la sonnette d’alarme, les Comores font face à une montée inquiétante des maladies non transmissibles, en particulier l’hypertension, le diabète et l’obésité. Ces pathologies, longtemps perçues comme des « maladies de riches », se pérennisent désormais chez nous.
Dans son analyse, le chercheur de l’Université des Comores, Docteur Said Nassor Abeid souligne « des constats alarmants sur la santé publique aux Comores ». Selon lui, « plus d’un adulte sur quatre présenterait une tension artérielle élevée, tandis que l’obésité progresse rapidement, en particulier chez les femmes en milieu urbain, influencée par des normes culturelles ». Docteur Abeid insiste sur le caractère paradoxal de cette évolution, marquée par un double fardeau nutritionnel où la sous-nutrition persiste, « mais coexiste désormais avec une hausse de l’obésité ». Selon lui on observe également une montée de la multimorbidité : « entre 10 et 15% des adultes cumulent deux facteurs de risque ou plus ». Il déplore le manque de données nationales actualisées, rappelant que le dernier sondage STEPS de l’OMS remonte à plus de dix ans, ce qui empêche d’avoir une vision claire de l’ampleur réelle du problème et limite la mise en place de politiques publiques adaptées.
Dans sa publication, Dr Said Nassor Abeid met en lumière les causes de cette crise sanitaire. Il explique que l’archipel traverse « une véritable transition nutritionnelle ». Selon lui, cette évolution est amplifiée par « une urbanisation accélérée, qui favorise la consommation d’aliments transformés » appelés couramment OGM. Il insiste également sur le poids des facteurs culturels, notamment la perception positive du surpoids chez les femmes. Enfin, il rappelle que les inégalités sociales, marquées par « le chômage des jeunes et les disparités entre zones rurales et urbaines, aggravent encore la vulnérabilité de la population face aux maladies chroniques ».
Dans ses recherches, Abeid insiste sur la nécessité d’une réorientation urgente des priorités nationales face à la montée des maladies non transmissibles aux Comores. Il plaide pour la mise en place d’une véritable « surveillance épidémiologique », afin de disposer de données fiables sur l’hypertension, le diabète et l’obésité. Il souligne également l’importance de former le personnel de santé à une prise en charge intégrée et de mobiliser les agents de santé communautaires, déjà actifs dans la lutte contre les maladies infectieuses, pour assurer le dépistage et le suivi des patients. Il recommande d’intégrer le dépistage systématique dans les programmes de santé maternelle et reproductive, afin de détecter plus tôt les cas à risque, et appelle enfin au lancement de campagnes d’éducation publique sur la nutrition.
« Si rien n’est fait, les maladies cardiovasculaires et métaboliques pourraient dépasser les maladies infectieuses comme première cause de décès dans l’archipel d’ici dix ans », avertit-t-il. Pour lui, les Comores ne doivent pas rester en marge de la réponse régionale face à la crise des maladies non transmissibles. Hypertension, diabète et obésité ne sont plus des pathologies réservées aux riches, elles constituent désormais une menace qui nous concerne tous.
Aticki Ahmed Ismael
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