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Santé : Un anesthésiste du CHN El-Maarouf mis au ban

Santé : Un anesthésiste du CHN El-Maarouf mis au ban © : HZK-LGDC

Écarté de ses fonctions depuis la mi-février, le Dr Abdillah Mdahoma, l’un des deux seuls anesthésistes-réanimateurs du CHN El-Maarouf, dénonce une procédure irrégulière ayant conduit à son éviction. Au sein de l’hôpital de référence du pays, cette décision soulève des inquiétudes quant à la continuité des soins et à la sécurité des patients, dans un contexte déjà marqué par un manque criant de spécialistes.


Dans son cabinet médical de Mangani, Dr Abdillah Mdahoma nous reçoit avec une courtoisie empreinte d’une certaine gravité. Le décor est sobre et professionnel, mais l’atmosphère paraît suspendue, à l’image de sa carrière. Assis derrière son bureau, le médecin anesthésiste-réanimateur affiche un calme déconcertant, malgré la situation difficile qu’il traverse. Entre une éviction sans préavis placardée sur un mur et une procédure de révocation ayant court-circuité les instances réglementaires, le cas du Dr Abdillah Mdahoma soulève de nombreuses interrogations.

Tout bascule le mercredi 18 février dernier. Ce n’est ni par un entretien formel ni par un courrier recommandé que le praticien apprend son éviction, mais par une simple note placardée au pôle chirurgical. « Les ressources humaines ont déclaré ne pas être au courant », nous confie-t-il, soulignant l’absence totale de saisine d’un conseil de discipline, pourtant obligatoire selon les textes régissant la fonction publique et le corps médical. L’étonnement laisse rapidement place à la stupeur. Faute de réponse de sa direction, le médecin se rend au ministère de la Santé. Il y découvre qu’une lettre de révocation a été transmise directement au ministre par le directeur général d’El-Maarouf, appuyée par un rapport du médecin-chef.

Au cœur de cette sanction se trouve une matinée de crise, survenue le vendredi 13 février. Ce jour-là, le Dr Mdahoma est le seul anesthésiste disponible pour tout l’hôpital, son unique homologue étant en déplacement officiel. Face à une urgence absolue une rupture utérine accompagnée d’une hémorragie massive à 7 heures du matin le médecin fait un choix dicté par la déontologie : sauver une vie. Cette décision entraîne l’annulation des consultations prévues ce matin-là. Est-ce ce choix, guidé par le serment d’Hippocrate, qui lui est aujourd’hui reproché ? À ce jour, aucune notification de faute grave ne lui a été officiellement signifiée. Pourtant, le 3 mars, une note de service lui interdit formellement l’accès aux soins et aux blocs opératoires, le traitant presque comme un étranger au sein de l’institution qu’il sert depuis 2017.

Cette suspension intervient dans un contexte de pénurie déjà alarmante. Alors qu’El-Maarouf fait face à la fuite des cerveaux et à la précarité des conditions de travail, qui ont déjà provoqué des grèves du personnel soignant, se priver de l’un de ses deux rares spécialistes en anesthésie-réanimation interroge sur la priorité réellement accordée à la continuité des soins. Selon le Dr Abdillah Mdahoma, le secrétaire général du ministère de la Santé a promis l’ouverture d’une enquête interne. En attendant, l’anesthésiste-réanimateur poursuit son activité depuis son cabinet de Mangani, suspendu à une décision administrative qui semble avoir oublié que derrière les notes de service se trouvent des procédures légales, et surtout des patients dont la survie dépend de ces mains aujourd’hui entravées.

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 


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