La Gazette

des Comores

26 ème anniversaire de la mort de Taki Un personnage pieux et charismatique

26 ème anniversaire de la mort de Taki Un personnage pieux et charismatique © : HZK-LGDC

Ce mercredi 6 novembre 2024 marque le 26e anniversaire de la mort de Mohamed Taki Abdoulkarim, président de la république de 1996 à 1998. Homme d'État, ce natif de M'béni, a dirigé le pays durant une période d’instabilité et de crises économiques, laissant derrière lui un bilan mitigé. Son décès, le 6 novembre 1998, dans des circonstances mystérieuses avait suscité des interrogations.


6 novembre 1998 - 6 novembre 2024, cela fait 26 ans jour pour jour depuis la mort de Mohamed Taki Abdoulkarim. « Le 6 novembre 1998 marque une date mémorable dans l’histoire des Comores. Ce jour-là, le pays perdait son président Mohamed Taki Abdoulkarim, décédé à l’âge de 62 ans à Moroni, après seulement deux ans et sept mois au pouvoir », témoigne Mohamed Ali Ali Dia, ambassadeur des Comores en Egypte à l’époque. Né le 20 février 1936 à Mbéni, au nord de Ngazidja, Mohamed Taki était un homme d’État complexe, dont la carrière politique a été marquée par des hauts et des bas, des alliances stratégiques et des périodes de conflit. « Issu d’une famille noble d'origine arabe, les Ba Wazir, descendant de la dynastie abbasside, il grandit dans un environnement d'influence. Son grand-père, Djumbe Fumu, fut sultan de Hamahamet, et son père, Abdoulkarim wa Djumbe Fumu, surnommé Chiriss, un riche propriétaire terrien de Mbéni. Ces racines aristocratiques ont façonné son parcours et son influence politique », nous rappellera Abdillah Mbaé, ancien maire de Mbeni et beau-frère de Taki.

Et lui d'ajouter qu'après des études à Madagascar puis en France, où il obtient un diplôme d’ingénieur en travaux publics, Mohamed Taki retourne aux Comores. « Il entame sa carrière professionnelle en travaillant sous l’autorité de Saïd Mohamed Cheikh, président du conseil de gouvernement, comme responsable des travaux publics à Anjouan. C’est à cette époque qu’il rencontre Ahmed Abdallah, figure influente dans la politique comorienne et qui jouera un rôle déterminant dans la carrière politique de Taki», ajoute son fils ainé, Karim Taki qui précise que les années 1970 marquent son entrée dans la sphère politique comorienne.

En 1970, il est nommé ministre du développement dans le gouvernement de prince Said Ibrahim, puis il occupe successivement les portefeuilles de l’éducation, du développement rural, de l’équipement, et enfin de l’intérieur. Cependant, « avec la montée au pouvoir d’Ali Soilih en 1975, Taki entre en résistance et finit même en prison, avant de s’exiler en France », ajoute Mohamed Ben Charaf, natif de M'béni résidant en France qui précise que Taki est revenu aux Comores en 1990, bien décidé à se frayer un chemin vers la présidence. Sa première tentative échoue face à Saïd Mohamed Djohar. Ce dernier, le nomme responsable de l’action gouvernementale, un poste où il se fait remarquer avant 1995, ou il prend brièvement le pouvoir avec Said Ali Kemal lors du coup d’État de Bob Denard, avant de devoir céder.

Élu président le 25 mars 1996, Mohamed Taki prend les rênes d’un pays déjà plongé dans une profonde instabilité politique et économique. Son mandat, bien qu’attendu avec espoir, se révèle très rapidement difficile. Sa politique se caractérise par des décisions symboliques marquant un retour vers l’islam : interdiction de l’alcool et des mini-jupes, ou encore la francisation des termes arabes dans ses discours. Cependant, ces mesures sont souvent perçues comme de la poudre aux yeux, visant davantage à répondre aux attentes de certaines franges conservatrices qu’à apporter de véritables solutions aux problèmes sociaux et économiques du pays.

La présidence de Mohamed Taki est marquée par des pénuries, une gestion économique problématique et crise séparatiste d’Anjouan en 1997. Ce dernier événement constitue un coup dur pour Taki, il révèle les failles de son administration et son incapacité à préserver l’unité nationale. En parallèle, la presse et les partis d’opposition sont sévèrement réprimés, alimentant un climat de mécontentement généralisé.

Le 6 novembre 1998, Mohamed Taki décède dans des circonstances troubles. Bien que sa mort soit officiellement attribuée à une crise cardiaque, des soupçons persistent quant à une possible implication de Bob Denard, le tristement célèbre mercenaire français. Quelques mois avant sa mort, Taki aurait refusé le retour de Denard aux Comores, ce qui alimente encore les spéculations sur un éventuel assassinat. Si Mohamed Taki reste une figure charismatique de l’histoire politique des Comores, son bilan reste mitigé. Son mandat est associé à la montée des tensions régionales, l'instabilité économique et la restriction des libertés.

Ibnou M. Abdou

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.