La Gazette

des Comores

Billet d’humeur : Face au phénomène de revenge porn, il est plus que temps que la justice change son fusil d’épaule

Billet d’humeur : Face au phénomène de revenge porn, il est plus que temps que la justice change son fusil d’épaule © : HZK-LGDC

Il faut l’admettre. Quoique risqué, le partage dans un cadre privé de contenus intimes fait partie du jeu de l’amour. Tout est une question de confiance. Seulement voilà. En cas de revenge porn, la justice, du moins la nôtre, s’acharne sur les victimes au lieu de les protéger, comme si la divulgation de leur intimité résultait de leur propre volonté, et encore…


La semaine dernière au nord de la Grande-comore. Un homme, notable, est dans son plus simple appareil. Il est saisi des deux bras par des bonhommes animés d’une fureur vengeresse. Ils le font balader dans la rue face aux caméras des smartphones, et autres passants. Son péché : il est suspecté d’avoir divulgué des images intimes d’une jeune femme. Un phénomène de plus en plus banalisé sous les cocotiers. Depuis l’avènement des réseaux sociaux aux Comores, la femme comorienne est en effet régulièrement victimes de « revenge porn ». Le revenge porn, pornodivulgation en français, est un contenu sexuellement explicite publiquement partagé en ligne sans le consentement de la ou des personnes concernées, en guise de « vengeance », selon Wikipédia.

 

Si la justice avait, dès le départ, assumé pleinement son rôle en poursuivant les auteurs de la diffusion de ces images intimes plutôt que de s’acharner sur les victimes, nous n’en serions sans doute pas là aujourd’hui. Cette vindicte populaire dégradante et humiliante dirigée à l’encontre d’un auteur présumé de revenge porn par les proches d’une victime, n’est autre que le résultat d’un appareil judiciaire hors-sol. La justice a en effet pris pour habitude d’inquiéter les femmes ou hommes victimes de revenge porn au lieu de les protéger, comme si la divulgation de leur intimité résultait de leur propre volonté, et encore... Cette inversion des responsabilités revient à offrir un blanc-seing aux véritables coupables, qui continuent d’agir en toute impunité. 

 

Bien sûr que je condamne l’humiliation publique qu’a subie le monsieur ci-haut cité. Mais je ne peux pas le faire avec la même énergie que j’ai toujours déployée pour défendre les victimes. Car je trouve qu’elles le sont à plus d’un titre : d’abord la divulgation de leurs images intimes contre leur volonté, le lynchage qui s’ensuit sur les réseaux sociaux, le bannissement dont elles font l’objet au sein de leurs communautés respectives and, last but not least le système judiciaire qui devient une machine à les broyer. 

 

Cette récente et fâcheuse affaire doit servir de déclic pour la justice. Elle qui doit savoir se mettre au-dessus de la mêlée pour juger avec discernement et restaurer l’équité. La justice doit prendre son courage à deux mains et bouleverser des décennies de domination. Elle doit s’affirmer en remettant en question le droit du plus fort, lui demander des comptes, plutôt que de scruter la conduite de sa victime. La honte et les interrogations doivent changer de camp. C’est à ceux qui nuisent, les cyberharceleurs y compris, que la justice doit imposer un changement de comportement. Pour une justice véritablement juste. 

 

Toufé Maecha

 


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