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des Comores

Interview : « L’Académie vise à former un vivier de talents au profit des compagnies aériennes »

Interview :  « L’Académie vise à former un vivier de talents au profit des compagnies aériennes » © : HZK-LGDC

Comoros Aviation Academy, en partenariat avec l’Institut Supérieur des Technologies et des Arts Esthétiques (ISTAE), est aujourd’hui l’unique centre de formation dédié aux métiers de l’aviation et des drones aux Comores. Son objectif est de renforcer les compétences locales et de stimuler le secteur aéronautique, répondant ainsi à un besoin crucial dans un pays où la connectivité aérienne revêt une importance stratégique. L’Académie représente un véritable espoir pour les jeunes Comoriens désireux de faire carrière dans l’aviation. Grâce à la qualité de ses formations et à ses partenariats stratégiques, elle se dit prête à jouer un rôle clé dans le développement du secteur aéronautique au niveau national. Son responsable de formation, le capitaine Abderemane Moussa Mondoha a accepté de répondre aux questions de La Gazette.


Question :Pouvez-vous présenter brièvement l’institut et expliquer ce qui a motivé son ouverture aux Comores ?

 

A.M.M: :L’idée de ce projet a émergé à la mi-2024, à la suite de rencontres entre un consultant kényan, Jagongo Clifford Obara, et un consortium comorien réunissant des professionnels du transport aérien, du tourisme et de la maintenance. Ces échanges s’inscrivaient dans une volonté commune de renforcer les compétences locales et de stimuler le secteur aéronautique aux Comores. Notre centre répond à l’absence d’infrastructures de formation aéronautique dans un pays où la connectivité aérienne, le tourisme et la gestion des urgences sont stratégiques, obligeant aujourd’hui la majorité des jeunes à partir à l’étranger pour se former. Cette mission s’accompagne d’un engagement fort en faveur de l’inclusion : sous réserve de la sécurisation des financements et des dons, des bourses partielles sont prévues pour les femmes et les jeunes issus de milieux modestes, afin que la capacité financière ne soit pas un obstacle. Nous avons également étudié les difficultés logistiques liées à l’acheminement des secours, qui révèlent le rôle stratégique que peuvent jouer les drones dans la gestion des situations d’urgence. Ce constat a conduit à orienter le projet vers une double spécialisation, intégrant à la fois l’aviation classique et l’utilisation professionnelle des drones. Ainsi, au cours du premier semestre 2025, une campagne d’évaluation et des séminaires d’information ont été organisés afin de sonder l’intérêt des milieux éducatifs, des autorités et des acteurs économiques. Ces démarches ont confirmé l’adhésion des parties prenantes et, c’est ainsi qu’en juillet 2025, un partenariat a été conclu avec l’ISTAE. Ce partenariat a permis le lancement des premiers modules axés sur la langue et la culture aéronautique, posant les bases de l’ouverture opérationnelle de l’Académie.

 

Question : Quel est le programme proposé par votre Académie et quelles sont les conditions d’admission ?

 

A.M.M: L’Académie propose des programmes accessibles et alignés sur les standards internationaux, avec des modules portant sur les opérations aéroportuaires et aériennes, la sécurité, les facteurs humains et les usages professionnels des drones. Les premiers cours ont déjà commencé, avec des effectifs volontairement limités, et les résultats sont très encourageants. Les formations sont certifiantes sur les fondamentaux de l’aviation (opérations, sécurité, facteurs humains) ; les usages professionnels des drones (relevés, cartographie, inspection, secours d’urgence, agriculture). Notre projet bénéficie déjà d’un ancrage dans plusieurs réseaux internationaux. À travers son partenaire Jagongo Obara Aviation Consultancy (Kenya), l’Académie est associée aux travaux de l’African Aviation Training Organization (AATO), ce qui lui offre une visibilité régionale dans l’écosystème de la formation aéronautique.

 

Question :Quels diplômes proposez-vous et dans quelles langues ?

 

A.M.M: L’enseignement est actuellement dispensé principalement en français, avec un renforcement progressif de l’anglais, notamment pour le vocabulaire technique et les échanges avec les partenaires internationaux. Les premières sessions pilotes sont ouvertes à des lycéens, nouveaux bacheliers et jeunes en début de parcours professionnel, ayant au minimum un niveau de fin de secondaire et une forte motivation pour les métiers de l’aviation ou des drones. Les parcours certifiants avancés sont conçus pour des apprenants ayant un niveau équivalent au baccalauréat, avec un accompagnement progressif en anglais aéronautique. L’Académie propose notamment des certificats professionnels en fondamentaux de l’aéronautique (opérations, sécurité, facteurs humains, réglementation) ; des parcours d’initiation et de simulation pour le pilotage, couvrant l’aviation classique et les systèmes de drones.

 

Question : Quelle est la mission principale de l’institut et quels publics cible-t-il ?

 

A.M.M: Notre objectif est de bâtir des parcours de formation progressifs et de stimuler l’entrepreneuriat local, en favorisant la création de services commerciaux liés aux drones et de micro-entreprises dans le tourisme, l’agriculture ou l’inspection technique. À terme, l’Académie ambitionne de constituer un vivier de talents au service des compagnies aériennes, des aéroports, des autorités et des opérateurs de drones. Les publics cibles sont : les lycéens, bacheliers et jeunes en début de carrière ; les jeunes femmes, soutenues par un dispositif de bourses ; les jeunes à faibles revenus ou issus de zones rurales ; ainsi que les organismes publics et privés nécessitant des formations ciblées.

 

Question : Envisagez-vous des stages, échanges ou certifications internationales ?

 

A.M.M: Oui. La Comoros Aviation Academy a établi des partenariats stratégiques. Elle est affiliée à l’International Air Cadet Training Organization, ouvrant l’accès à des institutions de référence telles que l’Embry-Riddle Aeronautical University aux États-Unis. Des discussions sont également en cours avec la World Drone Soccer Federation et avec l’ENAC, afin de préparer des candidats à ses cursus. Par ailleurs, des visites pédagogiques et des stages sont prévus avec l’aéroport Prince Saïd Ibrahim et des opérateurs aériens domestiques. Les certificats pourraient bénéficier d’une reconnaissance régionale grâce à l’AATO.

 

Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie (Stagiaire)

 

 


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