L’Office comorien des produits de rente (OCPR) a donné le coup d’envoi le 5 juin dernier à une campagne de récolte décisive. Derrière l’ouverture officielle de la cueillette, se joue un enjeu national : faire de la vanille un produit d’excellence reconnu sur le marché mondial.
La vanille, trésor aromatique des Comores, entame sa campagne de récolte 2025. Le jeudi 5 juin dernier, l’Office Comorien des Produits de Rente (OCPR) a officiellement lancé la saison lors d’une conférence de presse conjointe organisée à Moroni, en présence du directeur général de l’OCPR, Anlyane Anlym, accompagné du secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de celui de l’Économie. Plus qu’un simple calendrier de cueillette, cet événement marque un tournant dans la volonté des autorités de professionnaliser et valoriser la filière vanille. Alors que le produit comorien peine encore à s’imposer face aux géants mondiaux comme Madagascar ou l’Ouganda, l’heure est à la rigueur, à l’organisation et à la montée en qualité.
Au cœur du message délivré par le directeur général de l’OCPR, le strict respect du calendrier de récolte. La cueillette est autorisée dès ce jeudi 5 juin dans les zones à basse altitude, tandis que les zones en haute altitude devront attendre le 20 juin. « Nos équipes techniques ont inspecté les cultures, et les conditions sont désormais favorables à la récolte dans plusieurs régions. Nous avons donc convoqué tous les acteurs de la filière, producteurs, préparateurs, exportateurs afin de garantir une campagne cohérente, respectueuse de la qualité », a déclaré Anlyane Anlym. Selon eux, récolter trop tôt, c’est compromettre la concentration des arômes et la maturation naturelle de la vanille. Or, c’est précisément sur cette qualité que la vanille comorienne doit aujourd’hui se positionner sur les marchés internationaux.
Aux Comores, des milliers de familles vivent de la culture de la vanille. Pourtant, la filière reste encore fragilisée par un manque d’organisation, une volatilité des prix, et l’absence de mécanismes robustes de traçabilité et de contrôle qualité. « Si nous voulons que notre vanille soit reconnue à sa juste valeur, nous devons travailler sur toute la chaîne de valeur : du champ à l’exportation. Cela implique un accompagnement technique des producteurs, une meilleure préparation post-récolte, et une régulation forte du marché », a affirmé un responsable du ministère de l’Agriculture. Le directeur de l’OCPR a d’ailleurs annoncé que la fixation du prix de vente interviendra dans les prochaines semaines, en concertation avec les acteurs de terrain. Une mesure attendue par les producteurs, souvent à la merci de spéculateurs ou de fluctuations injustifiées.
Depuis plusieurs années, les exportations de vanille sont en recul, concurrencées par des pays mieux organisés et plus présents sur les circuits commerciaux internationaux. Pourtant, la qualité intrinsèque de la vanille du pays reste très appréciée, notamment par des parfumeurs et chocolatiers en quête d’authenticité. « Notre vanille a un arôme unique, mais elle manque encore de notoriété. Ce que font Madagascar et l’Ouganda, nous pouvons aussi le faire, à condition d’unir nos efforts et de protéger notre produit contre les fraudes, les récoltes précoces et la négligence », a souligné un exportateur basé sur Moroni.
Cette année, les autorités veulent améliorer les méthodes de culture, promouvoir les bonnes pratiques de fermentation, former les jeunes à la transformation locale, et surtout, renforcer le contrôle du respect des périodes de récolte. Dans les zones productrices, le lancement de la campagne est accueilli avec un mélange d’espoir et de prudence. Un agriculteur nous confie : « On espère que cette année les prix seront corrects. Mais ce qu’on veut surtout, c’est être mieux accompagnés. La vanille demande beaucoup de travail. Il faut qu’on sente que nos efforts sont respectés. » Salimata Msoili, une cultivatrice de l’île abonde : « L’OCPR devrait organiser plus de formations sur la préparation et nous aider à accéder aux bons outils. Si on veut une vanille de qualité, on doit investir dans les gens qui la produisent. »
En toile de fond, l’enjeu dépasse la seule campagne 2025. Il s’agit de positionner durablement la vanille comorienne comme un produit d’excellence, traçable, éthique, et respecté. C’est aussi une manière de soutenir le monde rural, de renforcer l’économie nationale et de participer à la souveraineté agricole du pays.
Mohamed Ali Nasra
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