La Gazette

des Comores

A Ntsoralé, une famille victime d'un lynchage

A Ntsoralé, une famille victime d'un lynchage © : HZK-LGDC

La découverte d'un nouveau-né abandonné dans des latrines à Ntsoralé Dimani a provoqué une vague de violences contre la famille de la mère. Alors que le parquet de Moroni venait d'ouvrir une enquête judiciaire, leur maison a été incendiée et saccagée par des habitants du village. Un épisode de justice populaire qui soulève de nombreuses interrogations.


Début juillet, le village de Ntsoralé Dimani, en Grande Comore, a été secoué par un drame. Un nouveau-né a été retrouvé dans les toilettes d'une habitation. Selon les premiers éléments de l'enquête, la mère, une trentenaire mariée à un Comorien résidant en France, aurait dissimulé sa grossesse. Souffrant de complications après son accouchement, elle a été transportée en urgence au Centre hospitalier El-Maarouf. Les constatations médicales auraient permis aux enquêteurs de remonter jusqu'au nourrisson, qui n'a malheureusement pas survécu. D'après les premières informations recueillies, quatre personnes sont concernées par la procédure judiciaire : la mère, le gardien de la maison, soupçonné d'être le père biologique de l'enfant, ainsi qu'un chauffeur qui aurait conduit la jeune femme à l'hôpital durant la nuit. Le parquet de Moroni a ouvert une information judiciaire afin d'établir les responsabilités. Mais avant même que l'enquête ne puisse suivre son cours, des violences ont éclaté dans le village.

 

Des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent une maison en dur ainsi qu'une habitation en tôle appartenant à la famille de la mère prises pour cible. Les images montrent des individus brisant les fenêtres, arrachant les portes, sortant le mobilier avant d'y mettre le feu. Les bâtiments ont été entièrement ravagés par les flammes. Le sol jonché de débris et de cendres témoigne de l'ampleur des destructions. Les vidéos montrent également de nombreuses personnes présentes sur les lieux, tandis que les auteurs des dégradations parcourent le village. Au-delà des destructions matérielles, la famille se retrouve aujourd'hui sans logement et confrontée à une profonde stigmatisation. Selon plusieurs témoignages, la notabilité du village aurait par la suite annoncé le bannissement de la famille, estimant que les faits portaient atteinte à l'image de la localité. Dans le même temps, elle affirme ne pas cautionner les violences commises.

 

Interrogé par La Gazette des Comores, le chef du village, Mbaraka Mbae, condamne les actes de destruction. « Je suis outré par ces jeunes qui ont commis ces actes. Dans nos localités, certains profitent malheureusement de ce genre de situation pour agir à leur guise. On ne répond pas à un acte criminel par d'autres actes criminels. Ce n'était en aucun cas la solution et les auteurs seront convoqués », a-t-il déclaré. Selon lui, une réunion des notables devait se tenir afin d'examiner la situation. « Malheureusement, il est déjà trop tard : le mal est fait », a-t-il regretté. Cette affaire relance le débat sur le recours à la justice populaire face à des faits relevant de la justice pénale. Alors qu'une enquête est en cours pour établir les responsabilités dans le décès du nourrisson, les actes de destruction et d'incendie volontaire pourraient eux aussi donner lieu à des poursuites judiciaires.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie


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