La Gazette

des Comores

Une mort entourée de mystère

Une mort entourée de mystère © : HZK-LGDC

Un jeune homme de Vouvouni dans la région de Bambao a trouvé la mort le soir du dimanche au lundi 27 févier à l’hôpital militaire de Moroni. Il présente des traces de sévices corporels, ce qui suscite des interrogations quand on sait qu’il a été arrêté et conduit à la caserne militaire de Mdé, la journée.


A première vue, Aymane Nordine Dafné a subi des violences physiques possiblement avant de trouver la mort. Son corps emballé dans des sacs poubelles a été transporté par des gendarmes à Vouvouni, dans la nuit du dimanche à lundi 27 février. « La gendarmerie m’a contacté vers 22H30. Ils m’ont demandé de contacter le chef du village de Vouvouni pour se rendre à la Santé militaire identifier. Ce que j’ai fait », se rappelle Dini Ahamada Oumouri, maire de Bambao Yahari dont fait partie la localité de Vouvouni.

 

Le lendemain, une équipe de reporters de La Gazette des Comores s’est rendue sur place. C’est le silence de tombe. Les hommes et femmes qui se trouvent à l’extérieur de la maison familiale du regretté sont prostrés. Les uns fument des cigarettes, les autres le regard dans le vide. Nous nous avons décliné notre identité et demandé à avoir leur version des faits. « Vers 1h du matin, le corps emballé dans deux sacs-poubelle est déposé là-bas, exactement là-bas », nous montre avec le doigt un des jeunes hommes rencontrés sur place. L’endroit qui nous est indiqué n’est autre qu’un terrain qui appartiendrait à la famille du défunt. Il est situé à trois petits mètres de l’endroit où nous nous sommes assis. Le corps aurait été abandonné sur les herbes basses par des gendarmes « armés et menaçants ».

 

« Il saignait de partout : de la bouche, des oreilles…de partout », poursuit la gorge serrée notre interlocuteur qui a dû être rassuré par un proche avant de se confier à nous. Les images auxquelles nous avons eu accès corroborent cette version. On y voit un corps qui présente plusieurs traces de coups et blessures. Sur plusieurs endroits, des plaies béantes. « En fin d’après-midi, il a contacté au téléphone un de ses meilleurs amis pour lui demander de prononcer le chahada à sa place ». Ce témoignage glaçant livré lors de notre visite par un jeune qui a l’âge du défunt, la petite vingtaine, témoigne de l’état critique dans lequel se trouvait Aymane. Son fils de trois ans est sur place. Il joue au ballon. « Il est trop jeune pour réaliser ce qui vient de se passer », s’accordent à dire les proches. Sa petite sœur, elle, est à Mayotte avec leur mère dont le père a divorcé.

 

Alors que la gendarmerie et le service de santé militaire esquivent le sujet, le procureur de la République de Moroni s’est fendu d’un communiqué dans lequel il a annoncé qu’une enquête est ouverte « afin d’élucider les circonstances du décès ». « S’il résulte de l’enquête que son décès est causé par des coups qui lui auraient été portés, les responsables vont être traduits en justice », promet-il à qui veut l’entendre. Aymane était un jeune avec ses excès, sa fougue, comme tant d’autres jeunes. Quelle que soit la personnalité qui aura été la sienne, il ne mérite pas ce qui lui est arrivé. Espérant que l’enquête annoncée ne connaitra pas le même sort que beaucoup d’autres enquêtes, à l’instar de celle sur le décès de major Bapalé, décédé dans la nuit du 8 au 9 avril 2021 au cours d’un interrogatoire au camp militaire de Sangani, à Anjouan.

 

Andjouza Abouheir

 

 

 

 


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