Cinq familles comoriennes, une société française d’import-export et trois banques locales dont AFG Bank, BFC, Banque Postale ont dénoncé le mercredi 21 janvier dernier, les pratiques frauduleuses de l’homme d’affaires Fayçal Abdou, plus connu sous le nom de Doudou Tainamor. Lors d’une conférence de presse, le collectif des plaignants a appelé les autorités comoriennes à ouvrir une enquête approfondie, alertant sur des fraudes, spoliations foncières et impayés qui persistent malgré plusieurs décisions judiciaires en leur faveur.
Selon le communiqué officiel du collectif, « Doudou Tainamor, connu pour ses activités dans le domaine des affaires, opère aux Comores comme directeur général des sociétés KOM BARIDI TAINAMOR, KOMOCASH et MAISON DOUDOU TAINAMOR, qui sont pour la plupart aujourd’hui en cessation d’activités ». Le communiqué ajoute que depuis plusieurs années, il est impliqué dans des pratiques frauduleuses « incluant des occupations illégales et abusives de biens privés, des factures impayées auprès d’une société d’import-export française et des encours bancaires totalisant plus d’un milliard de francs comoriens dans plusieurs banques de la place ».
Les victimes ont donné des exemples précis de ces abus. La famille Ali Soudja a perdu la jouissance de son terrain familial à Malouzini, acquis illégalement par Doudou Tainamor, mis en hypothèque puis saisi par la Banque Fédérale des Comores. Les familles Mohamed Abdallah et Moinafatima Mohamed voient leurs terrains accaparés depuis plusieurs années, tandis que le terrain de Monsieur Ibrahim M. Soule à Moroni reste occupé illégalement. Pour la famille Abbas Djoussouf, le supermarché Komocash, fermé depuis 2022, est aujourd’hui « complètement détérioré », avec plus de 60 millions de francs comoriens de loyers impayés et des travaux estimés à plus de 30 millions de FC, lit-on dans le communiqué.
Les entreprises et le secteur bancaire ne sont pas épargnés. La société française Evia Foods réclame des factures impayées de 923 000 euros, confirmées par la Cour d’Appel de Paris en juin 2023, avec une procédure d’exequatur autorisant leur exécution aux Comores. Plusieurs banques locales, dont BIC (devenue AFG Bank), BFC et SNPSF (devenue Banque Postale), déplorent des prêts impayés dépassant un milliard de francs comoriens. « Malgré la mise en hypothèque de biens immobiliers pour garantir ces prêts, aucun acte de saisie n’a été effectué et M. Tainamor n’a jamais été inquiété par la justice comorienne », indique le communiqué.
Lors de la conférence, les avocats représentant les victimes, Fatoumiya Ahmed Zeina et Hadji Chabani Mohamed, ont dénoncé la lenteur et l’inefficacité du système judiciaire. « Ces familles vivent depuis plusieurs années dans l’angoisse et l’incertitude. Les tribunaux, malgré des décisions favorables aux plaignants, n’ont pas permis la restitution des biens ni l’exécution des jugements », a déclaré Me Zeina.
Du côté d’un notable de la ville, présent à la conférence, « il est impératif que la justice comorienne se saisisse de ce dossier et fasse preuve de fermeté afin de rétablir la confiance des citoyens, des investisseurs et du secteur bancaire », explique-t-il. Me Chabani quant à lui met également en garde contre le risque systémique de ces pratiques : « Toutes ces affaires, qui impliquent des montants importants et touchent directement la réputation de notre pays, affectent non seulement des citoyens comoriens mais également les institutions bancaires, ce qui détériore le climat des affaires et fragilise le système bancaire comorien. »
Face à cette situation, les plaignants demandent une intervention rapide des autorités pour protéger les droits des familles, garantir le respect des décisions de justice et éviter que l’impunité ne s’éternise. « La lenteur des procédures et l’absence de sanctions renforcent l’impunité et aggravent les préjudices », conclut le communiqué distribué à la presse.
Mohamed Ali Nasra
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