La Gazette

des Comores

Affaire Faiza Soulé Youssouf / Le sit-in des journalistes dispersé par la police

Affaire Faiza Soulé Youssouf / Le sit-in des journalistes dispersé par la police © : HZK-LGDC

Les journalistes apportent leur soutien à Faiza Soulé Youssouf qui continue de subir la pression des autorités et particulièrement du ministère en charge de l’Information. Accusée de dénigrer l’image du pays et de « complicité » pour s'être trouvée la première sur les lieux de l'agression du sergent Ali Radjabou, la journaliste d'Al Watwan a obtenu hier le soutien de ses confrères des différents organes de presse de la place qui ont tenu un sit-in à la place de l'indépendance. Sit-in qui sera plus tard dispersé par les forces de l'ordre.


Rassemblés à la place de l’Indépendance pour protester contre la pression exercée de plus en plus sur la presse, les journalistes des médias publics et privés seront vite dispersés à coup de matraque par les forces de l’ordre. « Nous condamnons la pression mise sur les journalistes », lance Nassila Ben Ali, rédacteur en chef à Al-Watwan. Hier sur la place de l'indépendance, journalistes et amis de la presse ont tenu un sit-in pour défendre la liberté de la presse et dénoncer « l'acharnement des autorités sur la journaliste Faiza ».

 

La jeune femme est devenue la cible du ministre de l'Information qui lui reproche d'avoir terni l'image du pays. Faiza Soulé Youssouf, à travers les réseaux sociaux, publiait le 30 juillet dernier, jour du référendum, des images montrant les urnes du bureau de vote de Sanfil saccagées ainsi que des traces de sang au sol qui témoignaient de la blessure à l'arme blanche du sergent Ali Radjabou. A la télévision nationale, le ministre, qui s'interroge sur « la présence de la journaliste sur les lieux tout de suite après les faits », parle de « complicité » et assure que la jeune femme sera peut-être poursuivie.

 

Pour Nassila Ben Ali, ce climat hostile à l'égard des journalistes est inacceptable. « Nous avons comme l’impression que l’on veut faire taire Faiza ainsi que tous les autres journalistes. A cet effet, nous appelons le CNPA (Conseil National de Presse et de l’Audiovisuel) à prendre ses responsabilités car il est le seul régulateur du domaine », a-t-il lancé. Présent hier pour soutenir sa collègue, le rédacteur en chef d'Al Watwan ajoute: « Le CNPA ne nous a signalé ni abus ni exagération professionnelle. Nous admettons être dans les normes et à cette occasion, nous lançons un message à tous nos supérieurs pour nous offrir les moyens de mener à bien notre travail d’informer et d’éduquer ».

 

Réunis devant le Conseil de l'Ile, les journalistes ont fait un sit-in. Anziza Mchangama, correspondante de RFI, est revenue sur les violations répétitives des droits des journalistes par les pouvoirs publics. « Nous n’avons pas d’autorisation de rassemblement pourtant la constitution, ancienne comme nouvelle, garantit la liberté de se rassembler, la liberté de manifester (Ndlr. Article 21 de la nouvelle constitution) ».

 

Plus tard, comme pour confirmer la crainte des professionnels des médias, les forces de l’ordre, munies de matraques, envahiront les lieux et exigeront une « autorisation pour manifeste »; même chose pour le Ministre de l’Intérieur. Sur les faits reprochés à Faiza Soulé, Anziza explique que le « rôle du journaliste est d’informer et que pour le faire, il faut être sur place, vivre les faits pour pouvoir les raconter ». « Est-ce que quand on donne la parole à l’Opposition pour équilibrer le débat politique on devient automatiquement membre de cette Opposition ? », se questionne la jeune femme qui déplore à cet effet le silence du CNPA malgré tous les évènements qui ont lieu ces derniers jours. « Si vous, journalistes, devez critiquer les citoyens et le gouvernement mais que l’on ne vous critique pas, dites ce que vous voulez. Si vous faites du bien, on le dira pareil si vous faites du mal », a lâché le Ministre de l’Intérieur chargé de l’Information.

 

A.O Yazid

 


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