Me Idriss Mze Mogni, un des avocats de l’ancien ministre de l’intérieur, met en cause une procédure « non respectée » de la désignation du juge d’instruction aux droits fondamentaux de son client.
« Ni sa femme, ni moi en tant qu’avocat, personne n’est autorisé à le voir sauf le procureur. C’est un combat à armes inégales », dénonce d’emblée Me Idriss Mze Mogne dont le client est privé de visite dès le mardi 14 mai, soit au lendemain de l’ordonnance de mise en liberté délivrée par le juge, mais que Daoudou Abdallah Mohamed alias Kiki, puisqu’il s’agit de lui, refuse de suivre, et pour cause. Selon son avocat, ladite ordonnance émise à la demande du mis en cause ne produit pas d’effets dans la mesure où un appel a été immédiatement interjeté. Mais pas que.
A en croire toujours Me Idriss, même sans cet appel l’ordonnance serait restée inapplicable car son client a déposé une seconde demande, en annulation cette fois, et ce « avant que l’ordonnance de mise en liberté ne soit communiquée et signée par un de ses avocats ». « Mon client a déposé la demande de mise en liberté lundi. Le même jour, l’ordonnance de mise en liberté a été rédigée mais elle n’a été reçue et signée que mercredi par un de ses avocats, alors que depuis la veille, mardi, mon client était revenu sur sa décision, en demandant son annulation. Juridiquement, on doit considérer que la demande en annulation a précédé l’ordonnance vu cette chronologie des faits », devait-il soutenir devant la presse, hier jeudi.
Autre grief que l’avocat de l’ancien ministre de l’intérieur d’Azali entre 2016 et 2021 met volontiers sur le compte de la justice, c’est le mode de désignation du juge d’instruction. L’avocat affirme que ce dernier n’a « pas été choisi » dans les règles de l’art. « Le juge d’instruction en charge du dossier de Kiki n’a été désigné par personne. Le procureur n’a pas déposé de requête auprès du président du Tribunal pour la désignation d’un juge comme il se doit. J’ai donc saisi le juge en question et lui ai demandé de retourner le dossier au procureur de la République, et annuler de facto les ordonnances qu’il a prises jusqu’ici ».
Me Idriss Mze Mogne regrette également que les proches de Kiki, sa femme en tête, ne soient pas autorisés à lui rendre visite. « C’est inconcevable que le procureur puisse le voir, mais pas sa femme, et encore moins moi-même qui suis son avocat. Cela fausse la procédure », tonne celui qui dénonce par conséquent « un combat à armes inégales ». « Nous demandons aux autorités compétentes de laisser Kiki jouir de ses droits les plus fondamentaux prévus dans l’article 15 de notre Constitution. Ils disent que le dossier est en instruction, qu’ils laissent alors le juge faire son boulot ».
L’ancien ministre de l’intérieur d’Azali entre 2016 et 2021 et non moins candidat à la présidentielle de janvier a été placé en détention provisoire à la prison de Moroni depuis le 2 mai pour, entre autres, « mise en danger d’un agent de la force publique dans l’exercice de ses fonctions, et propagande, déclaration et appel à un soulèvement populaire ». S’il avait quitté la prison, l’ordonnance de mise en liberté l’interdit de faire des déclarations sur les réseaux sociaux et de participer à des réunions sans l’autorisation du juge, être autres obligations.
« Je me demande comment une personnalité interdite de réagir sur les réseaux sociaux, pourrait empêcher la presse écrite comme La Gazette ou Al-watwan de diffuser son intervention sur leurs pages Facebook respectives », s’amuse l’avocat à propos de la première obligation, tandis que sur la seconde, il se veut intransigeant : « Seules les réunions publiques requièrent une autorisation. Nul ne peut être empêché de tenir une réunion dans un cadre privé ».
Si la procédure avait été respectée, Kiki serait-il sorti de prison avec ces obligations sur les épaules, ou aurait-il persisté pour obtenir un non-lieu ? « Kiki a des droits mais il a aussi des devoirs. Moi en tant qu’avocat, si la procédure avait été respectée, je l’aurais conseillé de sortir de prison avec ces mêmes conditions-là ». En revanche, dans l’état actuel des choses où la procédure « n’est pas respectée », Me Idriss dit « comprendre parfaitement » la position de son client.
En attendant de connaitre la décision que rendra la Cour d’appel, il faut reconnaître qu’entre un opposant qui ne cache pas ses intentions de mettre des bâtons dans les roues à l’investiture d’Azali Assoumani dont il ne reconnaît pas la victoire à la présidentielle du 14 janvier, et un régime qui est « fatigué » d’être accusé de jeter des politiques en prison, il y a un véritable dilemme politico-judiciaire.
TM
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