En refusant de signer l’appel à la clémence pour l’ancien président Sambi, dont le pronostic vital est compromis selon son médecin, l’ex-vice-président Nourdine Bourhane brise l’unité des anciens Premiers ministres et privilégie le règlement de ses comptes politiques.
Alors que le pronostic vital de l'ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi est désormais qualifié de « compromis » par son médecin personnel suite à une violente crise d'asthénie début mai, six des huit anciens Premiers ministres encore en vie ont signé une lettre pour demander au chef de l’État de lui accorder une « mesure de clémence » pour pouvoir bénéficier de soins appropriés à l’étranger. Il s’agit d’une démarche collective totalement inédite depuis le début des déboires judicaires de Sambi en 2018. Mais derrière cette apparente union sacrée humanitaire de la vieille garde politique face au président Azali Assoumani, se joue en coulisses un règlement de comptes féroce.
Si Halifa Houmadi manque à l’appel en raison de son séjour médical à l’étranger, c’est l'ancien vice-président Nourdine Bourhane, Premier ministre de Mohamed Taki Abdoulkarim entre décembre 1997 et mai 1998, qui incarne cette rupture délibérée en refusant catégoriquement de signer le document. Joint au téléphone par La Gazette des Comores, Bourhane invoque un « cas de conscience ». Sa cible principale ? Hamada Madi Bolero, l'instigateur de la lettre, qu’il accuse de tenter une opération de « recyclage politique » sur le dos de Sambi. Pour lui, Bolero « est un pur produit du régime d'Azali qui a conduit à l'incarcération de Sambi ». Il estime qu’il « ne peut pas s’ériger en sauveur alors que quand il était aux affaires, il n’a rien fait ».
Si lors de nos échanges téléphoniques c’est sur l’ex-conseiller diplomatique d’Azali qu’il tire à boulets rouges pour justifier sa position, en privé, c’est contre Sambi qu’il a une dent. En effet, selon les indiscrétions, Bourhane refuse de lever le petit doigt pour l’ancien chef d’État parce qu’il considère qu’il lui a personnellement « causé du tort ». Ce refus est le fruit direct du traumatisme de la présidentielle de 2016. Alors vice-président, Bourhane se présente comme colistier de l’île d’Anjouan du candidat Mohamed Ali Soilihi dit Mamadou, et attend le soutien « naturel » d'Ahmed Abdallah Sambi. Contre toute attente, Sambi choisit de propulser Azali Assoumani au pouvoir. Pour Bourhane, ce choix a coupé court à ses ambitions politiques. Lui qui se projetait alors comme le favori naturel pour la présidence tournante de 2021 (initialement prévue pour Anjouan avant la réforme constitutionnelle de 2018).
C’est oublier un peu vite que Nourdine Bourhane a été le vice-président d'Ikililou Dhoinine (2011-2016). Or, Ikililou Dhoinine était lui-même le dauphin et le vice-président de Sambi (2006-2011). C'est la machine politique de Sambi qui a fait élire Ikililou, permettant par ricochet l'ascension de Bourhane au sommet de l'État. Ironie de l'histoire, en choisissant Azali pour accéder à la magistrature suprême, Sambi a lui-même armé le bras de son futur geôlier. L’histoire retiendra qu’au moment d’élever le débat au-dessus des vieilles querelles de clocher, Nourdine Bourhane aura préféré régler ses comptes plutôt que de sauver une vie.
Toufé Maecha
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