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des Comores

Ali Said Salim, un pilier de l’Ascobef, part à la retraite

Ali Said Salim, un pilier de l’Ascobef, part à la retraite © : HZK-LGDC

Discret, persévérant, Ali Said Salim quitte l’ASCOBEF après 30 ans de bons et loyaux services. Par son implication et celle de son équipe, l’Ascobef a su relever le défi, même si beaucoup reste à faire pour le bien-être de la famille conformément aux missions de cette Association comorienne pour bien-être de la famille. Interview.


Question : Après 30 ans passés à l’ASCOBEF, vous venez de prendre votre retraite. Que ressentez-vous ?

Ali Said Salim : J’ai le sentiment d’avoir accompli ma mission. Cependant, il y a beaucoup à faire et je pense à l’avenir.

Question : Quelles sont vos réalisations en 30 ans d’exercice ?

ASS : J'ai beaucoup fait pour que le planning familial existe dans le pays. C’était une tâche difficile, ce n’est pas simple d’expliquer à un couple comorien avec des mentalités différentes et un environnement comme le nôtre de réguler leurs rapports sexuels. Il fallait sensibiliser les couples et faire tout pour les convaincre. Aujourd’hui nous avons beaucoup progressé.

Question : En termes de planification familiale et du bien-être de la famille, qu’est ce qui a changé depuis cette époque à aujourd’hui ?

ASS : Actuellement, il y a certaines femmes qui acceptent de prendre les contraceptifs pour des raisons d'espacement de naissance. Malgré le travail qui a été fait, on se situe à peu près à 25% de la couverture contraceptive. Il reste encore 75% des femmes qui n’ont pas adhéré pour des multiples raisons. Ce sont malheureusement des besoins non satisfaits.

Question : Vous avez été la cheville ouvrière dans ce domaine du bien-être de la famille. Pensez-vous avoir atteint votre objectif ?

ASS : Je ne dirais pas que nous avons atteint l’objectif mais plutôt que nous avons posé la problématique. On a travaillé en direction de la femme pour qu’elle puisse s'émanciper. Une façon de permettre à l’homme et à la femme de s'épanouir par la planification familiale. Cela permet aux femmes au bout d’un certain temps de se reposer et de pouvoir travailler. Et si le cas échéant, elle a envie de faire un autre enfant, elle pourra s’occuper des enfants en bas âge. Durant notre travail, nous avons essayé d'encourager certaines femmes à des activités qui leur permettront d'avoir une source de revenu. Maintenant ce qui reste à faire, c’est de continuer  la sensibilisation pour une couverture contraceptive aussi bien pour la femme que pour le mari.

Question : Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

ASS : Nous avons eu des contraintes d’ordre religieux avec des positions parfois tranchées. Il y avait des religieux locaux avec un discours très dur. Heureusement, nous avons été accompagnés par le Muftorat et cela nous a permis de mener à bien nos missions.

Question : Le 07 avril dernier, le monde a célébré la journée mondiale de la santé. Que dites-vous pour la santé et le bien-être de la famille à l’occasion de cette journée particulière ?

ASS : Nous avons été au départ une association de planification familiale mais au fur à mesure de notre développement, on a été contacté par le gouvernement et les organisations internationales pour gérer des gros financements du Fonds mondial pour la lutte contre le sida.  Et après on nous a proposé la subvention de la lutte contre le paludisme et enfin la lutte contre la tuberculose. On a géré trois subventions pour ces pathologies. Aujourd'hui ce que je peux dire c’est que chaque femme comorienne puisse avoir accès et choisir une méthode de contraception adaptée à son comportement. Si l'on arrive à faire en sorte que chaque femme puisse avoir accès à une méthode de contraception, cela va permettre d’augmenter la couverture en matière de planification familiale et les besoins non satisfaits vont diminuer. Aujourd'hui nous parlons de plus de 34% de femmes qui n’ont pas à accès à ces méthodes.

Question : Quel héritage laissez-vous à l’ASCOBEF ?

ASS : Aujourd’hui,l'Ascobef a une équipe compétente et dynamique, capable d’élaborer des projets chaque jour. Il est vrai que nous avons la chance d'avoir un partenaire technique et financier mieux que d'autres, mais nous nous sommes donné cœurs et âme pour notre mission.  Nous avons eu plusieurs projets avec l’UNFPA, le Fonds canadien, etc. D’ailleurs nous sommes en train d’élaborer des manuels d’éducation sexuelle, mais nous n’avons pas encore le dispositif juridique protégeant la personne qui va devoir aller dans les écoles ou dans les communautés pour sensibiliser. C’est un projet que nous allons travailler en symbiose avec le ministère de la santé et de la justice pour avoir ce dispositif. Aujourd’hui nous pensons avoir un autre habitat pour l’Ascobef surtout pour le point médical. L’ASCOBEF intervient dans l’éducation des jeunes à la vie familiale et parentale responsable, la protection maternelle et infantile, la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles. Nous avons  un service de clinique, de laboratoire et je reste confiant qu’ils pourront relever le défi.

Question : Après ce départ à la retraite, quel sera la prochaine étape ?

ASS : C’est de passer le plus de temps en famille. Je reste à l’écoute évidement pour ceux qui souhaiteraient bénéficier de mon savoir et de mes compétences. Je continuerai de loin à appuyer l’Ascobef. Par ordre du président, je vais rester encore quelques mois en attendant que le directeur exécutif reprenne les rênes.

Propos recueillis par Andjouza Abouheir

 


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