Un homme de 23 ans est mort dans la cellule où il était détenu à la prison de Koki, dimanche. Selon le médecin, il s’agit d’une mort subite favorisée par une apnée du sommeil.
« Selon le médecin, il a fait une crise épileptique ce matin et est décédé dans sa cellule », croyait savoir le procureur général de Ndzouani, joint par nos soins dans l’après-midi du dimanche. Prudent, il nous a orientés vers le médecin qui a examiné le corps. Il eut fallu attendre le lendemain pour que ce dernier accepte de s’entretenir avec nous au téléphone. Le docteur Mohamed Saïdi Assadillah, puisqu’il s’agit de lui, a tenté de mettre les points sur les i en indiquant que le détenu est décédé d’une mort subite, favorisée par une apnée du sommeil. « On m’a appelé à 8H et 43 minutes pour m’informer qu’un détenu est retrouvé gisant dans sa cellule. Je suis arrivé sur les lieux à 9H et demi. D’après le constat, il s’agit d’une mort subite. Le regretté a fait une apnée du sommeil. Il a rendu l’âme vers les coups de 5 heures du matin. Il n’est pas décédé d’une crise épileptique. Le regretté a été retrouvé dans une position couchée sur le dos qui est en faveur d’une apnée du sommeil ».
Le décès a été constaté au matin. Selon le procureur, la victime était détenue à la prison de Koki « depuis 25 jours ». Le médecin soutient de son côté que son patient était arrivé à la prison « depuis le 8 février », soit depuis 12 jours. Selon le parquetier, avant d’être incarcéré, le jeune homme de 23 ans « était roué de coups suite à un vol [de téléphone] qu’il avait commis ». La question qu’il faut se poser : pourquoi, si tel était le cas, il n’a pas été admis à l’hôpital pour se faire soigner ? « Dès son arrivée, il a été examiné et il n’avait pas de blessure qui nécessitait une prise en charge médicale », relate le médecin, avant de poursuivre : « Nous faisons constamment des passages dans les lieux de détention au moins 3 fois par semaine et un infirmier veille [sur les détenus] du lundi au samedi. En cas d’urgence, on nous alerte ».
Notre interlocuteur affirme que la veille du drame, le détenu en question avait été consulté et « il n’avait rien [d’inquiétant] ». Pourtant, les informations que nous avons recueillies de sources différentes démentent cette version officielle. En effet, souffrant, le détenu aurait fait des pieds et des mains pour bénéficier d’une prise en charge médicale, sans succès.
Il faut dire que cette affaire est loin d’être un cas isolé. Le 24 novembre 2020, un prisonnier nommé Soulé est décédé dans sa cellule de la prison de Moroni. Il avait été tabassé par les forces de l’ordre après une tentative d’évasion quelques jours auparavant. Autre affaire et non des moindres, celle de l’adjudant-chef Hakim Bakari alias Bapalé, retraité de l’Armée nationale de développement, décédé dans la nuit du 8 au 9 avril 2021 au cours d’un interrogatoire au camp militaire de Sangani à Anjouan suite à une enquête sur une tentative de déstabilisation du pays dans laquelle il était impliqué. Il a été enterré précipitamment cette même nuit aux cimetières de Mirontsy dans des circonstances et conditions particulièrement troubles. Si la famille de Bapalé avait décidé de l’exhumer pour connaitre la vérité, celle du détenu de Koki décédé ce dimanche aurait, dans un premier temps, refusé de prendre le corps avant de connaitre ce qui s’est réellement passé. Une médiation était nécessaire pour calmer la situation.
Andjouza Abouheir
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